Couverture de Sur le bout des doigts, de Hanno (Éditions Thierry Magnier).
© Éditions Thierry Magnier.
Titre Sur le bout des doigts
Auteur Hanno
Première édition française Éditions Thierry Magnier, coll. « Petite Poche », 2004
Genre roman court, récit de vie
Distinction Prix Sorcières 2005, catégorie « Premières lectures »
Âge indicatif à partir de 7 ans
Thèmes cécité, perception, peur, autonomie, relation père-fils, fratrie

D'abord, franchir les gorges.

Tom descend des gorges avec son père et Lézieu. Il faut parfois nager ou passer d'un rocher à l'autre. Devant un saut qu'il n'arrive pas à faire, son père applique la solution dont ils étaient convenus : il le soulève et le lâche au-dessus de l'eau. Lézieu rejoint aussitôt l'enfant qui s'agrippe à son pelage pour gagner le bord. La suite montre un Tom plus assuré. Son père reste proche, mais le garçon aime chercher lui-même son passage.

De retour à la maison, ils trouvent un mot laissé par sa mère : elle est partie accoucher. Père, fils et chien prennent la route de la ville. Une fois arrivés, ils ne vont pourtant pas tout droit à l'hôpital. Ils marchent un moment sous les platanes, mangent une glace et s'arrêtent près de joueurs de pétanque. Tom comprend qu'ils profitent de quelques instants où ils sont encore « juste nous trois ». Puis vient le moment de rencontrer le bébé.

Une narration réglée sur Tom.

Après une brève ouverture à la troisième personne, le récit passe largement par le « je » de Tom. Le texte laisse d'abord le lecteur suivre ses repères. Dans les gorges, Tom éprouve sous ses pieds le relief de la roche. En voiture, la forme des virages lui dit où ils se trouvent. Les odeurs familières des lieux lui annoncent aussi l'approche de la ville. Son père lui décrit parfois ce qu'il ne peut percevoir, comme les nuages ou les couleurs de la campagne.

La situation se précise au fil du trajet. Au cours d'une conversation avec son père, Tom dit simplement que, pour lui, « c'est les yeux » qui manquent. On comprend alors que le roman nous faisait suivre depuis le début un enfant aveugle, sans avoir présenté sa cécité comme une information préalable. Ce choix donne aussi un autre poids à son autonomie. Tom connaît son environnement, mémorise des trajets et tient à trouver seul son chemin quand il le peut.

Au bout des doigts, une petite sœur.

À l'hôpital, la mère de Tom lui apprend que le bébé est une fille et qu'elle s'appelle Sandra. Après s'être lavé les mains, il s'approche du berceau. Le récit revient alors brièvement à la troisième personne. Tom découvre le visage de sa sœur par le toucher, puis garde sa petite main dans la sienne. La scène répond à la première partie : après avoir été accompagné dans les gorges, Tom se voit déjà dans la position de celui qui fera découvrir quelque chose à Sandra. Les dernières phrases le disent sans détour : « Je lui apprendrai à voir comme moi. Je lui montrerai les gorges. »

C'est le geste le plus juste du livre. La cécité de Tom agit sur la forme du récit autant que sur son histoire. Elle décide de ce qui retient l'attention et de la manière dont un lieu devient familier. Un passage convainc moins : lorsque le père généralise sur ce qui peut manquer aux uns et aux autres, le propos se fait soudain plus explicatif. Hanno est plus convaincant quand il laisse Tom agir et percevoir, sans commenter à sa place.

© Éditions Thierry Magnier · Hanno.