Thèmes principaux : sons, silence, écoute, ville, musique, lecture.
Une énigme sur le chemin de l'école.
Yoshio s'arrête devant une musicienne qui accorde un koto, instrument japonais à cordes pincées. Lorsqu'il lui demande quel son elle préfère, elle lui répond que le plus beau est le ma, « le silence entre les sons ». Le garçon se met aussitôt à sa recherche.
À l'école, il gagne la bambouseraie située au bord de la cour. Le vent fait bruire les feuilles et cogner les tiges. Sur le chemin du retour, Yoshio entend les bus et les trains à grande vitesse. Les signaux de circulation ajoutent encore leurs bips. Le repas familial reste animé. Dans le bain, l'eau goutte. La nuit, une radio lointaine accompagne son endormissement. Chaque lieu qu'il croit paisible produit son propre bruit.
Une ville que la langue fait entendre.
Le récit suit cette collecte avec un vocabulaire attentif aux nuances sonores. La traduction française de Chun-Liang Yeh accentue le plaisir de la lecture à voix haute. Elle introduit notamment « Splash ! », « Pof ! Pof ! » et « Hi hi hi ! » là où le texte original décrit les mouvements et le rire de Yoshio.
Le garçon aime l'agitation de Tokyo. Il cherche l'intervalle très bref qui s'ouvre lorsqu'un bruit s'achève, avant que le suivant commence. Dans l'album, c'est ainsi que prend sens le mot ma. Le silence demeure lié aux sons : il se tient entre eux et permet de mieux les distinguer.
Quand les images baissent la voix.
Julia Kuo remplit d'abord les doubles pages avec la circulation, la foule et les enseignes. La casquette rouge de Yoshio et ses bottes jaunes permettent de le suivre au milieu des passants. Les cadrages changent souvent, comme si la recherche devait être menée dans chaque recoin de la ville.
Le livre progresse par contrastes. Dans la bambouseraie, presque toute la page devient verte. La nuit enveloppe la maison d'un violet assourdi. La dernière séquence se dépouille davantage. L'école est vide, puis les couleurs de la ville s'effacent autour de Yoshio. Il demeure enfin seul dans un vaste blanc. L'image donne ainsi une forme au silence que le texte tente de nommer.
Le silence était déjà là.
Arrivé très tôt en classe, Yoshio ouvre un livre qu'il aime. Absorbé par l'histoire, il oublie où il se trouve. C'est au milieu d'une page qu'il perçoit enfin le silence. Il comprend qu'il était présent depuis le début : entre deux pas, lorsque le vent cessait dans les bambous, après le repas, une fois l'eau du bain écoulée, avant et après la musique du koto.
Le texte final récapitule ces moments un à un. Ce choix peut sembler appuyé après le travail plus suggestif des images, mais il rend accessible une notion difficile à formuler. La dernière page, presque vide, laisse enfin le regard s'arrêter.
La postface révèle l'origine du récit. Le compositeur Tōru Takemitsu, voisin du père de Katrina Goldsaito lorsque celui-ci était enfant à Tokyo, lui aurait confié aimer le vent dans les bambous et le silence. L'album transforme ce souvenir en une expérience à hauteur d'enfant. Son rythme et le retrait progressif des couleurs font éprouver au lecteur ce que Yoshio vient de découvrir.
Pour aller plus loin.
- Chun-Liang Yeh, « Le son du silence : comment traduire les sons », sur le blog des éditions HongFei : le traducteur explique comment il a recréé en français les bruits et les onomatopées de l'album.
© HongFei Cultures · Katrina Goldsaito et Julia Kuo.