Thèmes principaux : autonomie, enquête, peur de l'inconnu, exil, hospitalité, création artistique.
Des vacances presque sans adultes.
Julia et sa petite sœur Daniella, dite Bourdon, rejoignent leur tante Frida sur l'île aux Grèbes. Elles y retrouvent leurs cousins George et Alex. Frida, artiste fantasque, loge ses neveux et nièces dans l'ancienne tour d'un pilote côtier et leur laisse organiser leurs journées. Lorsque des galeries signalent que ses sculptures sont copiées, elle part à Stockholm. Les enfants restent seuls sans lui avoir parlé des feux aperçus dans la forêt.
Il faut se nourrir, surveiller la maison et décider jusqu'où pousser l'enquête. Alex prépare les repas. Julia organise les recherches. George plaisante lorsqu'il s'inquiète. Bourdon invente des scénarios extravagants mais c'est elle qui découvre une chaussure d'enfant et un fragment de lettre en français.
Une enquête à plusieurs voix.
La narration épouse tour à tour les pensées des cousins. Julia dissimule ses lectures sous une couverture de Mickey Parade pour éviter les moqueries. George cache son envie de peindre, de crainte que sa mère ne transforme aussitôt cet essai en vocation. Ces détours donnent de l'épaisseur aux personnages et montrent comment quatre enfants qui se connaissaient à peine deviennent un groupe.
Katarina Mazetti revendique la filiation avec Le Club des Cinq. Elle voulait en retrouver le suspense, les vacances loin des parents et les repas, tout en renouvelant la place accordée aux étrangers et aux espions.
Quand les silhouettes ont un nom.
Dans une grotte, les cousins découvrent Amir et Nabila, deux enfants algériens abandonnés sur l'île par des passeurs. Ils cherchaient à rejoindre leur oncle à Stockholm. La chaussure appartient à Amir. Les feux servaient à se chauffer et à cuire quelques aliments. Ils prenaient l'eau et les conserves de Frida parce qu'ils n'avaient plus rien.
Alex est le seul cousin qui parle français. En traduisant leurs paroles, il donne un sens nouveau aux indices : les formes inquiétantes deviennent deux enfants épuisés, avec des noms et une histoire. Les cousins les nourrissent, leur préparent des lits et les aident à retrouver leur oncle. Les faits restent les mêmes mais c'est leur interprétation qui change.
Une réussite vive, avec une réserve.
Après cette découverte, Alex rapporte longuement le voyage d'Amir et de Nabila. Ces explications rendent leur situation claire, mais ralentissent un peu le récit. Leur parole reste filtrée par l'interprète, ce qui les maintient un peu en retrait.
La couverture de Julia Wauters résume bien le ton du roman. Ses couleurs acidulées et ses enfants en mouvement contrastent avec des silhouettes sombres cachées parmi les arbres. Espions et fantômes, premier tome de la série, est un récit drôle, lisible et généreux.
Pour aller plus loin.
- « Les invité·es du mercredi : Katarina Mazetti et Aurore Petit », sur La Mare aux mots : un entretien où l'autrice revient sur la naissance de la série et sa filiation avec Le Club des Cinq.
© Éditions Thierry Magnier / Gaïa Éditions · Julia Wauters (illustration de couverture).