Couverture des Riches Heures de Jacominus Gainsborough, de Rébecca Dautremer (Sarbacane).
© Rébecca Dautremer / Sarbacane.
Titre Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough
Autrice et illustratrice Rébecca Dautremer
Première édition française Sarbacane, 2018
Genre album narratif, récit d'une vie
Thèmes temps, mémoire, famille, handicap, vieillissement, mort
Âge indicatif dès 8 ans

Une existence entière, par bonds successifs.

Jacominus naît chez les Gainsborough. Une chute d'enfance lui laisse une « patte folle » et la béquille qui l'accompagnera désormais. Il va à l'école, apprend, voyage, puis rencontre Douce. Il connaît aussi la guerre. Jacominus partage ensuite sa vie avec Douce. À la fin de l'album, ses petits-enfants les entourent. Sous l'amandier, au moment de mourir, il regarde cette vie simple sans la croire manquée.

Le parcours reste facile à suivre. Chaque tableau correspond à un âge ou à une étape reconnaissable, même lorsque le livre ne raconte pas tout ce qui les relie.

Le temps se glisse entre les pages.

Douze grandes scènes forment l'ossature de l'album. Elles sont séparées par des portraits de Jacominus et par trois pêle-mêle qui ressemblent à des pages d'album de famille. Plusieurs années peuvent s'écouler au détour d'une page. Les visages réapparaissent plus âgés et les liens se précisent.

Le titre fait allusion aux Très Riches Heures du duc de Berry, manuscrit enluminé du XVe siècle dont le calendrier suit le rythme des mois et des saisons. Rébecca Dautremer transpose cette forme prestigieuse à une vie modeste. La richesse de Jacominus tient aux moments conservés et aux personnes qui les ont partagés.

Des images qui demandent du temps.

Le très grand format ralentit naturellement la lecture. La scène de l'école rappelle les Jeux d'enfants de Bruegel. Ailleurs, de petites actions se poursuivent à l'arrière-plan et prolongent ce que le texte laisse de côté. L'image porte une part essentielle du récit : elle montre la trace des années sur les corps et donne une épaisseur aux souvenirs.

Les personnages ont l'apparence d'animaux, mais le texte ne commente jamais leur espèce. Ils éprouvent des émotions humaines. Rébecca Dautremer explique que ce choix ménage un peu de recul lorsqu'elle aborde la blessure, la guerre ou la mort. Jacominus reste pourtant très proche du lecteur. Sa fragilité ne l'enferme pas dans un rôle de victime.

Une œuvre accueillante, malgré son exigence.

Les plus jeunes ne reconnaîtront peut-être pas d'emblée tous les personnages récurrents ni l'ampleur de certaines ellipses. Une lecture partagée aide à retrouver les visages et à mesurer le temps écoulé. L'album gagne surtout à être repris : ses détails rendent chaque nouvelle lecture légèrement différente.

La magnificence des pages accorde à une existence ordinaire la place que les récits réservent souvent aux destins illustres. C'est là sa réussite la plus nette. Jacominus ne laisse aucune légende derrière lui. Le livre, lui, conserve ses Heures.

Pour aller plus loin.

L'entretien publié par Page des libraires, où Rébecca Dautremer revient sur la construction en douze tableaux, les deux années de travail et le choix des personnages animaux.

© Sarbacane · Rébecca Dautremer.