Couverture de Promenade par temps de guerre, d'Anne-Marie Pol, illustrée par Marcelino Truong (Le Livre de Poche Jeunesse) : un adolescent tenant un jeu de cartes, un soldat casqué derrière lui.
© Marcelino Truong / Le Livre de Poche Jeunesse.
Titre Promenade par temps de guerre
Autrice Anne-Marie Pol
Illustration de couverture Marcelino Truong
Première édition française Paris : Le Livre de Poche Jeunesse, 1987
Genre Roman historique
Âge indicatif dès 11 ans

Thèmes principaux : Première Guerre mondiale, enfance, disparition, quête du père, mémoire.

Partir plutôt qu'attendre.

Victor vit depuis quatre ans dans un hospice. Sa mère est morte. Son père, Ernest Chevrier, comédien ambulant et acrobate mobilisé, ne donne plus de nouvelles. Lorsqu'un bombardement détruit l'hospice, Victor s'enfuit pour le chercher. Marcel Dupin, un autre garçon de l'établissement, le rejoint.

Leur route vers l'est forme la première partie de cette « promenade ». Dupin tombe gravement malade de la grippe espagnole et doit être hospitalisé. Victor continue seul. Il finit par rejoindre une troupe de comédiens qui joue devant les soldats. Avec eux, il reprend un numéro de cartes appris autrefois avec son père.

La guerre à hauteur de Victor.

Anne-Marie Pol garde le front à distance. La guerre arrive à Victor par ses conséquences immédiates. À l'hospice, par exemple, les garçons dorment désormais à deux parce que le nombre d'orphelins augmente. Sur les routes, les ruines et les mutilés disent ce que les communiqués officiels expliquent mal. Le froid et la faim scandent surtout son voyage.

Ce regard limité fait la singularité du roman. Victor saisit rarement l'ensemble des événements. Il en découvre des fragments et tente de leur donner un sens. L'Histoire reste ainsi à hauteur d'un adolescent qu'elle déplace et prive peu à peu de ses repères.

Retrouver son père, retrouver quoi ?

Victor part avec une idée simple : lorsqu'il aura retrouvé son père, leur ancienne vie pourra reprendre. Ses rencontres fragilisent cette certitude. Dupin devient un frère de fortune. Le théâtre lui rend brièvement son passé, sans effacer les quatre années écoulées.

Un soldat finit par reconnaître les tours de cartes d'Ernest Chevrier et révèle ce qui s'est passé en 1917. Le père de Victor a été condamné à mort avec des mutins, mais il s'est évadé avant l'exécution. Victor le retrouve caché dans un moulin près de Beaupoix. Ernest a vieilli et refuse d'abord de partir. Il rejoint finalement son fils sur le quai de la gare.

Le roman pousse assez loin les coïncidences qui jalonnent cette quête. Sa dernière scène évite pourtant le simple soulagement. Victor retrouve aussi Dupin, remis de sa maladie et placé en apprentissage dans une gare. Quand celui-ci lui demande s'il a retrouvé son père, Victor répond : « Peut-être. » Son père est vivant, près de lui, mais quelque chose reste à reconstruire.

Une « promenade » qui vient de loin.

La postface éclaire cette quête. Anne-Marie Pol dédie le roman à son grand-père Henri Pol, tué en Champagne en 1915, et raconte combien son absence a marqué sa famille. Son propre père avait attendu toute sa vie celui qu'il avait perdu enfant. Le roman transforme cette attente en mouvement puisque Victor se met en chemin vers le disparu.

Le titre prend alors tout son poids. Cette « promenade » traverse les dernières semaines de la guerre et conduit Victor hors de l'enfance où il croyait pouvoir revenir. Retrouver son père ne restitue pas le monde d'avant. Cela ouvre seulement la possibilité d'une vie après la guerre, avec lui.

Pour aller plus loin.

© Le Livre de Poche Jeunesse · Anne-Marie Pol, ill. de couverture Marcelino Truong.