Deux garçons, une boîte aux lettres impossible.
Le 1er janvier 2014, à Laon, Adrien, treize ans, apprend que Marion, dont il est amoureux, sort avec un autre garçon. Le même jour en 1914, Hadrien vit à Corbeny. Bon élève, il rêve de devenir ingénieur, tandis que son père compte sur lui pour reprendre la ferme.
Une boîte aux lettres anachronique apparaît près de chez chacun : bleue en 2014, jaune en 1914. Une première lettre part, une réponse revient. Les deux garçons croient correspondre avec un cousin au prénom presque identique. Puis quelque chose cloche : Hadrien ignore ce qu'est un e-mail. Adrien s'étonne de ses timbres et de son vocabulaire. Ils comprennent enfin qu'ils habitent à quelques kilomètres l'un de l'autre, mais à cent ans d'écart.
Connaître le passé pour agir.
Les lettres deviennent le lieu des confidences. Adrien, blessé par son histoire avec Marion, décroche au collège. Hadrien se heurte à son père, qui refuse la poursuite de ses études. Chacun conseille l'autre et l'aide à déplacer son regard sur sa propre vie.
Tout bascule lorsque Adrien découvre ce qui attend Corbeny et le Chemin des Dames. Il se documente pour convaincre Hadrien de fuir avant l'invasion. Quand Marthe, sa petite sœur, contracte la pneumonie qui a tué le jeune Albert, Adrien lui fait parvenir des antibiotiques de 2014. Sa guérison donne au père d'Hadrien une raison concrète de croire l'incroyable histoire de son fils.
Adrien tire lui aussi quelque chose de très concret de cette amitié. Les recherches entreprises pour sauver Hadrien lui permettent de reconnaître plus tard le danger d'un ancien obus au phosgène lors d'une sortie au Chemin des Dames et d'aider son amie Sarah. Le passé agit donc jusque dans le présent.
Des documents qui savent déjà.
Des documents historiques ponctuent les chapitres, depuis L'Épatant jusqu'à l'affiche de mobilisation générale. Ils rendent le quotidien de 1914 tangible. Certains montrent aussi ce que Hadrien ignore encore. Le lecteur voit les traces de la catastrophe avant qu'elle n'entre dans sa vie.
Même les remerciements prolongent ce jeu : Paul Beorn y est associé à Adrien, Silène Edgar à Hadrien. Le dispositif est très lisible. Certaines scènes concentrent beaucoup d'informations historiques, mais les plus réussies sont celles où ce savoir répond directement à l'urgence du récit.
La fin referme la boucle. Dans le cimetière où le roman s'ouvrait, Adrien rencontre Suzanne, la petite sœur d'Hadrien née pendant la guerre et devenue une très vieille femme. Elle lui apprend que son frère a survécu, qu'il est devenu ingénieur et a épousé Simone. La tombe a elle aussi changé : le nom d'Hadrien, que Marion se rappelle avoir lu, a disparu. Les lettres ont donc infléchi son destin. La mystérieuse boîte bleue disparaît à son tour. Adrien perd son correspondant tandis que son histoire avec Marion trouve enfin une issue heureuse.
14-14 fait ainsi sentir que les êtres du passé ne vivaient pas dans « l'Histoire ». Ils vivaient dans leur présent, avec des projets encore ouverts et sans savoir ce qui les attendait.
Pour aller plus loin.
Un entretien avec Silène Edgar et Paul Beorn sur ActuSF revient sur la genèse du roman et son écriture à deux voix.
© Castelmore · Silène Edgar · Paul Beorn.

