Couverture du Prince Sauvage et la renarde, de Jean-Philippe Arrou-Vignod, illustré par Jean-Claude Götting (Gallimard Jeunesse) : dans la neige, un chasseur en manteau rouge, arbalète à la main, suit des traces qui mènent à une renarde argentée.
© Jean-Claude Götting / Gallimard Jeunesse.
Titre Le prince Sauvage et la renarde
Auteur Jean-Philippe Arrou-Vignod
Illustrations Jean-Claude Götting
Première édition française Gallimard Jeunesse, 2017
Genre Conte illustré, album
Âge indicatif dès 8 ans

Thèmes principaux : relations entre humains et animaux, cruauté envers les animaux, domination, éducation, transformation de soi, contemplation de la nature, responsabilité et réparation, liberté, sagesse.

Un prince qui ne sait que chasser.

Au bal, le prince Sauvage porte un collier de bécasses ensanglantées autour du cou. Les princesses invitées par sa mère s'enfuient. Depuis tout petit, ce fils de roi passe son temps à poser des pièges et à pourchasser les animaux. Son père, qui se félicite de son caractère, refuse qu'il apprenne l'alphabet ou la musique. Sauvage grandit brutal, persuadé que toutes les bêtes du royaume lui appartiennent.

Un jour de neige, il traque un cerf si longtemps que sa jument meurt sous lui. À pied, il avance dans les bois et se prend la jambe dans un piège à loup qu'il y avait posé. Personne ne vient le secourir. Une renarde au pelage argenté s'approche enfin et reconnaît la toque qu'il porte : elle a été faite avec la peau de ses petits.

À l'école de la renarde.

Quand il lui oppose son rang de prince et sa qualité d'homme, elle le traite de sanglier. Le dialogue mord, fait parfois rire. Il soulève surtout une question redoutable pour Sauvage : qu'a-t-il d'humain, ce prince si fier de lui ?

Forcé de demeurer là tout l'hiver, Sauvage dépend de celle qu'il a persécutée. Chaque matin, la renarde revient. Elle lui propose même de partager un morceau de nourriture qu'elle gardait pour elle. Longtemps, le prince reste absorbé par sa faim et sa colère. Puis la saison tourne. Il se met à goûter le chant d'une grive, la lumière dorée entre les troncs. Le chasseur qui cherchait les oiseaux pour les tuer prend plaisir à leur présence.

Dans les peintures de Jean-Claude Götting, ce changement s'observe autant qu'il se raconte. La forêt d'hiver s'étend en mauves froids. Au printemps, les verts gagnent les pages. Une mésange occupe le premier plan d'une illustration, laissant au prince une toute petite place à l'arrière. Le regard du lecteur, lui aussi, s'attarde sur la vie des bois.

Lorsqu'il tend la main pour débarrasser la renarde des chardons accrochés à son pelage, sa jambe amaigrie sort de sa botte restée prisonnière du piège. La libération survient après un geste de soin, mais la renarde le précise : aucun miracle n'est intervenu.

Une réparation sans oubli.

Reste la toque. La renarde la réclame pour donner une sépulture à ses petits. Le prince creuse lui-même leur tombe. C'est peut-être la scène la plus juste du livre : changer ne rendra pas la vie aux renardeaux. Sauvage promet aussi de faire interdire la chasse aux renards, tandis que sa bienfaitrice refuse le confort du château. Elle entend rester dans les bois.

Le dénouement reprend les habitudes du conte. Après avoir découvert que son père est mort de chagrin en le croyant disparu, Sauvage devient le roi Sage. Il charme les princesses avec sa musique et épouse la plus belle. Cette conclusion rapide peut décevoir un peu après la patience accordée à son apprentissage. Une dernière attention demeure : il donne à sa fille le prénom de Renarde. Quant à la renarde, Jean-Claude Götting la montre avançant dans la nuit, sous la lune, avec le château à l'horizon.

Pour aller plus loin.

© Gallimard Jeunesse · Jean-Philippe Arrou-Vignod, ill. Jean-Claude Götting.