Un enfant au milieu de la vengeance.
Dans la forêt, la tigresse pleure ses petits abattus par des chasseurs. Sa douleur tourne à la fureur qui lui fait ravager les villages alentour. Le roi veut envoyer son armée. Il consulte auparavant la vieille Lao Lao qui lui affirme qu'une seule chose apaisera l'animal : lui confier Wen, son fils unique.
Le roi accompagne Wen jusqu'aux abords du territoire de la tigresse. Le garçon poursuit seul son chemin et finit par s'endormir dans la forêt. Lorsqu'elle le découvre, la tigresse le recueille et l'élève comme l'un de ses petits. Wen grandit auprès d'elle et apprend à vivre dans la forêt. Les attaques cessent.
Ses parents supportent pourtant de plus en plus mal la séparation. Ils envoient des soldats pour le reprendre. La tigresse se retrouve encerclée par les armes et le feu, mais Wen se place devant elle pour la protéger. La reine rejoint alors son fils. Wen lui fait comprendre que la tigresse est devenue son autre mère. Il retourne au palais pour apprendre ce que doit savoir un prince, sans rompre le lien avec elle. Devenu père à son tour, il confiera pendant un temps son propre fils à la tigresse.
Entre deux mondes.
Wen reçoit ainsi deux éducations. Son séjour dans la forêt ne s'efface pas une fois revenu au palais : il lui donne une expérience que les autres humains n'ont pas. Quand hommes et tigresse se retrouvent face à face, il peut donc intervenir autrement que par la force.
Le récit avance avec la netteté d'un conte et s'attarde peu sur la vraisemblance des décisions royales. Son centre est ailleurs, dans le lien qui se crée entre Wen et ses deux mères. C'est ce lien qui transforme l'enfant et rend la réconciliation possible.
Une forêt au bout du pinceau.
Cette rencontre se joue aussi dans les images. La forêt est peinte en larges touches, avec des formes et des couleurs qui se fondent les unes dans les autres. La cour du roi apparaît dans des compositions plus minutieuses, peuplées de petites figures et d'ornements. Aux moments de danger, le découpage se resserre en une succession d'images plus rapides, presque comme dans une bande dessinée.
L'album dialogue enfin avec une image très ancienne. Chen Jiang Hong s'est inspiré d'un vase chinois en bronze du XIe siècle avant notre ère, conservé au musée Cernuschi de Paris. Un grand félin y tient contre lui un petit humain. Le musée rapproche cette scène d'une tradition selon laquelle Ziwen aurait été recueilli et nourri par une tigresse, tout en précisant que cette interprétation du bronze reste incertaine.
La force du Prince tigre tient peut-être à ce qu'il laisse subsister la différence entre les deux mondes. Wen reste un enfant humain et la tigresse demeure un animal redoutable. Leur proximité change pourtant ce qui semblait écrit d'avance. À la vengeance répond désormais la possibilité d'une transmission.
Pour aller plus loin.
La notice de « La Tigresse » au musée Cernuschi : le bronze ancien qui a nourri la création de l'album et les hypothèses relatives à la légende de Ziwen.
© L'École des loisirs · Chen Jiang Hong.

