La disparition de la bonne boue.
À la ferme, Porculus mange de bon appétit et court volontiers dans la basse-cour. Il dort beaucoup. Rien, pourtant, ne lui plaît autant que de s'asseoir dans la boue de sa porcherie, puis de s'y enfoncer lentement. Le fermier et sa femme l'aiment beaucoup.
Un matin, la fermière entreprend un grand nettoyage. Après la maison et les autres bâtiments, elle arrive devant la porcherie qu'elle trouve particulièrement sale. Elle fait disparaître la boue, puis lave Porculus au savon. Le cochon ne reconnaît plus l'endroit où il vivait si bien. Très fâché, il s'enfuit à la nuit tombée.
Trouver un lieu qui lui convienne.
Porculus découvre bientôt un marécage. Il s'installe dans la boue et s'endort. Son repos est vite interrompu par une libellule et une grenouille, avant qu'une tortue lui morde la queue. Un serpent lui ordonne enfin de partir : le marécage est leur territoire.
La décharge paraît plus prometteuse. Porculus fouille parmi les objets cassés, essaie une vieille voiture, puis un fauteuil. Rien ne remplace la boue. La vue d'un aspirateur abandonné le fait repartir aussitôt.
L'air sale de la grande ville lui redonne espoir. Porculus aperçoit une matière sombre, s'y assied et comprend trop tard qu'il s'agit de ciment frais. Celui-ci durcit autour de lui. Une foule toujours plus dense se rassemble devant le cochon immobilisé dans le trottoir.
Le couple arrive justement en voiture, toujours à sa recherche. Les fermiers reconnaissent Porculus au milieu des curieux. Des pompiers brisent le ciment avec précaution et le libèrent, puis tous trois reprennent le chemin de la ferme.
Ce que les images font comprendre.
Le voyage de Porculus précise peu à peu le sens du mot « sale ». À la ferme, la boue offre un confort adapté à son corps, alors que celle du marécage appartient à d'autres animaux. Dans la décharge, il ne trouve que les rebuts des humains. En ville, les fumées et le ciment composent un décor dangereux.
Les illustrations rendent ces différences sensibles. La ferme du début est claire et fleurie. Après la fugue, les espaces s'assombrissent ou s'encombrent. La ville surgit comme une masse grise, dominée par les cheminées. Arnold Lobel fait surtout croître la foule d'une page à l'autre, jusqu'à remplir presque toute l'image. Le texte garde son calme tandis que le dessin transforme l'accident en scène burlesque.
Porculus parle et raisonne comme un personnage humain. Sa quête reste pourtant celle d'un cochon puisqu'elle naît d'un plaisir physique très précis. Cet équilibre donne au personnage sa force comique et sa justesse.
Retrouver la ferme, autrement.
Au moment du retour, un orage éclate. Une nouvelle flaque s'est formée dans la porcherie et la fermière promet de la laisser en place. Porculus soupe, s'assied, puis s'enfonce de nouveau dans la boue.
La fin reprend le bonheur des premières pages, avec une différence notable : les fermiers savent désormais ce qui convient à leur animal. La construction en boucle est limpide, sans réduire le récit à une leçon. Le rythme et le comique visuel font de Porculus une belle réussite de première lecture. La dernière scène suffit : le bonheur du petit cochon avait seulement besoin d'être compris.
Pour aller plus loin.
Le dossier de L'École des loisirs consacré à Porculus replace le livre dans l'œuvre d'Arnold Lobel et prolonge la réflexion sur le propre et le sale.
© L'École des loisirs · Arnold Lobel.

