Thèmes principaux : mer et navigation, voyage et exploration, aventure maritime, pirates et trésors, sirènes et créatures marines, merveilleux et imaginaire, savoir, erreur et interprétation, codes et déchiffrement, point de vue, relation texte-image.
Un almanach pour prendre le large.
Le livre s'ouvre comme un objet venu d'un autre temps. De janvier à décembre, Elzbieta propose une histoire par mois sous l'apparence d'un almanach de navigation. La quatrième de couverture en donne le programme : chercher le trésor du capitaine Kidd, rencontrer une créature du pôle, entendre chanter la lune. La mer relie ainsi douze récits qui changent de ton et de forme au fil des pages.
En février, une lettre raconte comment un ancien capitaine s'est lancé à la recherche d'un trésor après avoir découvert sur le dos d'un bébé un tatouage ressemblant à une carte. En juin, Tom rencontre à marée basse une petite fille qui connaît mieux que lui les choses de la mer. Elle disparaît en lui laissant un message signé « Sirène ». En août, Fanch prend le large sur un petit bateau et surprend la lune en train de chanter. Ailleurs apparaissent une pieuvre géante, une île déserte ou encore une bande d'enfants marins. Le merveilleux se glisse partout avec un naturel désarmant.
Le morse qui parle Morse.
Le récit de janvier indique pourtant qu'il faut garder les yeux ouverts. Un explorateur rencontre au pôle un morse qu'il prend obstinément pour un éléphant de mer. L'animal lui répond, mais ses paroles sont transcrites en code Morse. L'alphabet placé au bas de la page permet au lecteur de les déchiffrer. Le morse parle donc en Morse, tandis que le savant conclut avec assurance que la bête est incapable de parler. Effrayé par la suite, il consigne même dans son carnet une version entièrement fausse de la rencontre.
Cette petite scène donne une clé pour lire tout le livre. Celui qui paraît savoir peut se tromper. Le lecteur doit regarder de plus près. Dans « Équinoxe », Thadée et son grand-père imaginent le voyage d'un bateau échoué à partir de quelques morceaux de porcelaine. « Miroir d'eau » repose sur un reflet que les adultes regardent sans comprendre ce qu'y voit leur fils. Le réel devient chaque fois le point de départ d'une histoire possible.
L'air sérieux des choses impossibles.
Les images prolongent ce jeu. Leur allure ancienne rappelle par endroits les gravures encyclopédiques ou les illustrations des récits d'aventures. Les événements les plus invraisemblables acquièrent ainsi une curieuse autorité : une sirène, une pieuvre géante ou un bateau fantôme semblent presque avoir été répertoriés dans quelque ouvrage oublié. L'almanach fait mine d'ordonner le monde au moment même où il le rend incertain.
Au fil des mois, Elzbieta fait de la mer un territoire où les histoires naissent aussi bien d'un indice mal compris que d'une image ou d'un reflet. C'est ce qui donne au recueil sa cohérence. Lire suppose de rester en éveil : un savant peut se tromper et une sirène avoir des jambes. Un bateau échoué suffit, lui, à faire naître une traversée entière. Dans cet almanach, perdre un peu le nord n'est pas un accident de navigation. C'est la règle du jeu !
Pour aller plus loin.
- BIEGEL, Madeleine. « L'exil dans l'œuvre d'Elzbieta », Études romanes de Brno, vol. 45, n° 2, 2024, p. 28-40. Une étude en accès libre sur une œuvre travaillée par l'enfance d'exode de l'autrice, où Le Petit Navigateur illustré est mis en regard du reste de ses albums.
© Pastel · L'École des loisirs · Elzbieta.



