Thèmes principaux : fenêtre, regard, point de vue, voisinage, rencontre intergénérationnelle, curiosité, écriture, transmission, ville.
Une présence derrière une fenêtre.
Chaque jour, une petite fille promène son chien dans le quartier. Son trajet la mène devant une maison dont une grande fenêtre, dépourvue de rideaux, attire son attention. Une femme y travaille, parfois jusque dans la soirée. L'enfant se demande ce qu'elle fait et ce qu'elle peut voir de sa fenêtre. Au fil des passages, les regards se croisent. Un salut de la main se transforme en quelques mots échangés. La voisine lui apprend qu'elle est écrivaine.
Puis, un jour, la fenêtre reste vide. Une pancarte annonce bientôt que la maison est à vendre. Accompagnée de sa mère, l'enfant profite d'une visite pour entrer dans la pièce où travaillait l'écrivaine. Elle peut enfin regarder le quartier depuis cette fenêtre qu'elle observait jusque-là depuis la rue. De retour chez elle, elle ouvre à son tour les rideaux et la fenêtre, puis commence à écrire.
Regarder depuis la place de l'autre.
C'est sur ce déplacement très simple que repose l'album. Pendant la première partie, l'enfant regarde vers une fenêtre qui l'intrigue. Une fois dans la maison, elle découvre le même quartier depuis l'autre côté. Le quartier reste le même : c'est sa manière de le voir qui a changé. Hope Lim fait de cette expérience le moteur du récit : changer de place suffit à renouveler un lieu que l'on croyait connaître.
L'illustratrice Qin Leng donne à cette idée sa véritable force. Ses dessins à l'encre et à l'aquarelle font varier la distance et le cadrage. Les vignettes séquentielles accompagnent la répétition des promenades et le rapprochement progressif entre les deux personnages. Ailleurs, l'image s'élargit et laisse davantage d'espace au quartier. La fenêtre organise alors le regard. Elle sépare d'abord l'enfant de l'écrivaine, avant de lui offrir la possibilité de voir depuis la place qu'occupait cette dernière.
Ce qui reste d'une rencontre.
Leur relation aura finalement été brève. Quelques échanges suffisent pourtant pour qu'une possibilité s'ouvre. La fin en donne la mesure : l'enfant se met à écrire devant sa propre fenêtre et adresse ce qu'elle vient de créer à un autre enfant du voisinage. Le départ de l'écrivaine n'interrompt donc pas le mouvement commencé avec elle. Son geste trouve, par l'enfant, un nouveau destinataire.
Le symbole de la fenêtre ouverte est très lisible, au risque parfois de l'évidence. Qin Leng lui donne cependant une véritable densité par son travail de l'espace. Le jeu des distances et l'élargissement progressif du champ font éprouver au lecteur le changement qui s'opère. Par la fenêtre parle de l'écriture et de l'inspiration. Sa réussite tient surtout à une intuition plus discrète : un lieu familier peut devenir neuf lorsqu'on le regarde, pour un moment, depuis la place de quelqu'un d'autre.
© Saltimbanque · Hope Lim, ill. Qin Leng, trad. Nadja Belhadj.

