Thèmes principaux : mémoire, oubli, deuil, filiation, amitié, transmission.
Un livre pour remonter le fil d'une vie.
À Bellécorce, Archibald Renard tient une librairie où les animaux peuvent déposer les ouvrages qu'ils ont écrits. Ferdinand y cherche Mémoires d'Outre-Terre, le récit de sa propre vie. Il souffre de la « maladie de l'Oublie-tout » : les événements récents s'effacent, les époques se mélangent. Maude, son épouse, lui revient par fragments. Archibald comprend alors qu'il a vendu le livre la veille à un inconnu.
Quelques photographies anciennes deviennent leur itinéraire. Elles conduisent les deux amis vers des lieux fréquentés autrefois par Ferdinand et Maude, tandis que le passé refait surface par éclairs. Le voyage finit par rétablir ce que Ferdinand ne peut plus reconstituer seul. Maude est morte trente ans plus tôt dans un incendie de forêt, après avoir sauvé Ferdinand et leur bébé, Rousseau, en les confiant au courant dans deux demi-coquilles de noix. Devenu adulte et cherchant lui aussi ses origines, Rousseau est justement l'inconnu qui a acheté les Mémoires.
Le titre Mémoires d'Outre-Terre fait entendre un écho aux Mémoires d'outre-tombe de François-René de Chateaubriand. Le jeu de mots touche surtout au principe du roman. Après la catastrophe, Ferdinand a écrit ce qu'il ne parvenait pas à dire, puis confié son manuscrit à la librairie dans l'espoir que son fils le trouve un jour. Quand sa mémoire défaille, le livre devient une trace capable de survivre à l'oubli.
Le goût du souvenir.
Mickaël Brun-Arnaud ne fait pas revenir le passé sur commande. Au salon de thé de Pétunia Marmotte, une tarte préparée d'après une recette de Maude a pour Ferdinand « le goût du souvenir ». Plus tard, au Concert Duchêne, une mélodie réveille une chanson ancienne. Les photographies provoquent elles aussi des reconnaissances fugitives. Le souvenir surgit d'une sensation ou d'une image avant de pouvoir être raconté.
Sanoe donne une forme visible à cette désorientation. La carte placée au début du volume inscrit d'abord l'histoire dans un territoire que le lecteur peut suivre. Plus loin, Ferdinand avance dans un espace obscur où s'ouvrent des portes colorées menant à différents âges de sa vie. La porte bleue, qui existe aussi dans sa maison, concentre l'angoisse liée au passé qu'il ne parvient pas encore à affronter. À la géographie rassurante de Bellécorce répond ainsi une géographie intérieure devenue instable.
Quand les autres se souviennent.
L'Oublie-tout continue d'effacer la mémoire de Ferdinand jusqu'au bout. Maude demeure pourtant dans la recette de Pétunia, dans la musique de Gédéon. Surtout, elle continue d'exister dans le souvenir de ceux qui l'ont connue. Rousseau reçoit par les Mémoires l'histoire que son père ne pourra bientôt plus lui raconter.
Le roman explique parfois ce qu'il vient déjà de faire sentir, notamment lorsqu'il détaille la manière dont Archibald apprend à accompagner Ferdinand. Ces passages ont moins de force que les scènes où une sensation ou une image suffit. C'est pourtant là que le livre tient son idée la plus juste : la mémoire de Ferdinand quitte peu à peu sa seule tête. Le livre peut alors transmettre à Rousseau une histoire que son père est en train d'oublier.
Pour aller plus loin.
- Le portfolio de Sanoe, où l'illustratrice réunit ses travaux, dont une galerie consacrée à la série.
© L'École des loisirs · Mickaël Brun-Arnaud, ill. Sanoe.

