Une chambre gagnée par la forêt.
Un soir, Max enfile son costume de loup et accumule les bêtises. Sa mère le traite de « monstre ». Il répond qu'il va la manger. Elle l'envoie alors dans sa chambre sans dîner.
Le monde familier se transforme presque aussitôt. Des arbres poussent autour du lit et les murs disparaissent derrière la végétation. Bientôt, un océan gronde dans la pièce. Il porte un bateau sur lequel le prénom de Max est inscrit. L'enfant prend la mer et navigue jusqu'au pays des Maximonstres.
Ces créatures hybrides roulent leurs yeux jaunes et font grincer leurs crocs. Leurs griffes se dressent vers Max qui reste calme. D'un simple « Silence », il les arrête, puis soutient leur regard sans ciller. Les Maximonstres le déclarent terrible et le proclament roi.
Quand le tumulte déborde.
La conquête de Max se joue autant dans la mise en page que dans le récit. Au début, les scènes sont contenues dans de petites images entourées de blanc. La forêt grandit et les illustrations, avec elle. Peu à peu, elles gagnent les marges jusqu'à occuper toute la double page.
La « fête épouvantable » porte ce mouvement à son comble. Trois doubles pages se succèdent sans texte. Max et les monstres dansent sous la lune, puis se suspendent aux branches. Max monte ensuite sur le dos de l'un d'eux. Les mots se taisent pendant que les corps occupent tout le livre. Le texte laisse la colère sans lui donner de nom, mais l'album lui donne une forme.
Max met brusquement fin à la fête. Il lance « Ça suffit » et envoie les Maximonstres au lit sans souper. Le roi reprend ainsi la sanction que l'enfant vient de subir. Une fois seul, il éprouve une envie d'être aimé « terriblement ». Des odeurs de nourriture lui parviennent de très loin et lui donnent le désir de rentrer.
Un dîner pour renouer le lien.
Les Maximonstres le supplient de rester. Ils l'aiment tant, disent-ils, qu'ils le mangeront : leurs paroles font écho à celles que Max avait lancées à sa mère. L'enfant refuse, remonte dans son bateau et reprend la mer.
Son voyage de retour dure « un an et un jour ». Lorsqu'il accoste dans sa propre chambre, le dîner l'attend pourtant encore « tout chaud ». L'aventure immense a donc tenu dans le temps très court de la punition.
La mère demeure hors champ. Sa présence se lit dans le repas déposé près du lit. Le retour se fait sans dialogue. Le dîner suffit à rendre sensible un lien qui demeure. La nature du voyage reste elle aussi ouverte. Relève-t-il du rêve ou la chambre s'est-elle réellement métamorphosée ? Le livre laisse cette question en suspens.
La force de l'album tient à cette retenue. Maurice Sendak laisse la colère se déployer dans les images, puis ramène Max vers la chambre et le repas préparé pour lui. Le tumulte a été immense, mais l'amour, lui, demeure.
Pour aller plus loin.
Isabelle Nières-Chevrel, « Des illustrations exemplaires : Max et les Maximonstres de Maurice Sendak », La Revue des livres pour enfants, no 232, décembre 2006 : une étude précise du rapport entre le texte, les images et le rythme de l'album (article en accès libre sur le site du CNLJ).
© L'École des loisirs · Maurice Sendak.


