Couverture du Loup, le canard et la souris, de Mac Barnett, illustré par Jon Klassen (Pastel / L'École des loisirs) : un loup, un canard et une souris entre les troncs pâles d'une forêt.
© Jon Klassen / Pastel · L'École des loisirs.
Titre Le loup, le canard et la souris
Auteur Mac Barnett
Illustrations Jon Klassen
Titre original The Wolf, the Duck, and the Mouse
Édition originale Candlewick Press, Somerville, 2017
Première édition française Pastel / L'École des loisirs, 2018, traduit de l'anglais par Alain Gnaedig
Genre Album narratif, récit animalier humoristique
Âge indicatif dès 4 ans

Thèmes principaux : loup, dévoration, prédateur et proie, peur, maison et refuge, renversement des rôles, ruse, solidarité, humour, réécriture et détournement.

Après avoir été avalé.

Mac Barnett prend au sérieux une question que les contes évacuent d'ordinaire : que devient la proie après avoir été avalée ? Dès les premières pages, une souris croise un loup dans la forêt et se retrouve dans son ventre. Elle s'attend à y mourir. À sa grande surprise, elle y découvre un canard qui a manifestement pris ses habitudes. Il organise ses journées, prépare ses repas et défend une théorie toute personnelle : puisqu'il a déjà été avalé, il n'a plus à redouter de l'être. La souris se laisse convaincre et choisit de rester.

Un ventre où l'on peut vivre.

À partir de là, le ventre du prédateur change de fonction. Jon Klassen ne cherche pas à représenter un intérieur anatomique. Il en fait une vaste cavité sombre, presque une grotte, où les deux petits animaux aménagent leur quotidien. Les illustrations opposent nettement cet espace aux grands troncs pâles de la forêt. Dans les bruns presque noirs du ventre, le mobilier et les silhouettes claires deviennent immédiatement visibles. L'invraisemblable prend ainsi une étonnante évidence.

Le comique tient beaucoup à la manière dont texte et image avancent ensemble. Le canard parle de sa situation avec un calme souverain. On le voit cuisiner puis danser avec la souris. Les personnages adoptent parfois des accents de tragédie au moment même où l'image montre une scène domestique parfaitement absurde. Ce décalage donne du relief aux dialogues et contribue au plaisir de la lecture à voix haute.

Sauver celui qui vous a avalé.

L'arrivée d'un chasseur déplace encore les rôles. Le loup devient une cible. Lorsqu'il se retrouve en danger, le canard et la souris comprennent qu'ils risquent de perdre avec lui la maison qu'ils se sont choisie. Ils décident de le défendre et mettent le chasseur en fuite.

Le retournement est savoureux. Les animaux avalés sauvent celui qui les a avalés, sans que le récit efface pour autant ce qui s'est passé au début. Les places ont simplement cessé d'être fixes : celui qui était une menace peut avoir besoin d'être protégé.

Au lecteur de comprendre.

Reconnaissant, le loup promet alors d'exaucer un souhait. Le texte ne dit pas lequel. Il laisse l'image répondre. Le canard et la souris poursuivent leur vie à l'intérieur du loup. Les dernières pages donnent même au hurlement nocturne de l'animal une origine beaucoup moins majestueuse qu'on ne l'imaginait.

L'idée de départ pourrait tenir en un simple gag. Elle gagne pourtant de l'ampleur parce que Barnett et Klassen en suivent la logique jusqu'au bout. Le lieu de la dévoration devient peu à peu un refuge choisi, tandis que l'image rend presque familière cette situation impossible. Cette cohérence, jointe à l'humour de l'album, en fait une réussite singulière.

© Pastel · L'École des loisirs · Mac Barnett, ill. Jon Klassen, trad. Alain Gnaedig.