Couverture de Je t'écris, j'écris…, de Géva Caban, illustré par Zina Modiano (Gallimard Jeunesse, Folio Cadet) : une fillette de dos dans les herbes hautes, devant une crique où passe un voilier à la voile rouge.
© Zina Modiano / Gallimard Jeunesse.
Titre Je t'écris, j'écris…
Autrice Géva Caban
Illustrations Zina Modiano
Première édition française Gallimard Jeunesse, 1987, sous le titre Je t'écris ; augmenté en 1995 de la partie J'écris…
Genre Récit épistolaire illustré, puis journal intime fictionnel
Âge indicatif dès 9 ans

Thèmes principaux : correspondance, journal intime, écriture de soi, premiers amours, attente et absence, secret et intimité, amitié, mort et deuil, animal de compagnie.

Une promesse de lettres.

Une jeune fille passe l'été au bord de la mer. Avant de partir, elle et le garçon qu'elle aime se sont juré de s'écrire chaque jour. Elle tient parole dès le trajet. Ses lettres parlent de la maison de vacances, des baignades ou des voisins, mais une préoccupation finit par envahir tout le reste : pourquoi X ne répond-il pas ?

L'attente donne son rythme à cette première partie. La jeune fille guette le facteur, achète vingt timbres avec son argent et numérote bientôt ses envois. Une grève de la poste lui offre quelques jours d'espoir. Puis arrive une première carte décevante, alors qu'elle en est déjà à sa douzième lettre. La seconde la déçoit davantage encore : quelques mots convenus répondent mal au serment qu'elle prend, elle, très au sérieux.

Géva Caban trouve ici un ton particulièrement juste. La pensée de la narratrice s'attache à un détail, bifurque, revient à X. Ses répétitions et ses brusques changements d'humeur donnent à sa voix son mouvement propre.

Un morceau du jour dans la lettre.

Zina Modiano fait de la page un véritable objet postal. Chaque lettre est encadrée et surmontée d'une petite vignette dentelée qui évoque un timbre. Ce minuscule motif reprend un fragment de l'illustration placée en regard : un arbre, un coquillage, le chat, un morceau de ciel. Le procédé donne au courrier une existence matérielle. Un peu du monde vécu par la fillette semble partir avec ses mots.

Le 4 août, le livre change de forme. Déçue par X, la narratrice décide de ne plus lui écrire. Son père comprend pourtant que l'écriture lui manque et lui donne un vieux cahier resté neuf. Ce sera son journal. Avec lui disparaît la régularité des lettres. Les entrées varient en longueur et les dessins se mêlent davantage aux mots. Surtout, la jeune fille découvre qu'elle peut écrire sans attendre de réponse.

Écrire pour soi.

Le journal laisse alors entrer ce que l'été apporte de nouveau. Le garçon de la maison voisine, d'abord agaçant, prend peu à peu une place inattendue. La fillette s'attache aussi à Doux, le petit chat noir qu'elle espère garder. Lorsqu'il tombe malade puis meurt, le ton se resserre jusqu'à cette phrase : « Je ne peux plus écrire. » La douleur suspend précisément l'activité qui lui permettait jusque-là d'accueillir ce qui lui arrivait.

À la fin des vacances, un appel téléphonique éclaire enfin le silence de X. Il explique avoir composé « des milliers de lettres » dans sa tête sans réussir à les coucher sur le papier. La réconciliation referme assez vite le malentendu amoureux, après une attente beaucoup plus longue. Mais le déplacement essentiel a déjà eu lieu. Entre Je t'écris et J'écris…, la fillette a découvert qu'écrire peut maintenir un lien avec quelqu'un et devenir, lorsque ce lien vacille, une manière de garder trace de sa propre vie. C'est là que le livre trouve sa force.

Pour aller plus loin.

© Gallimard Jeunesse · Géva Caban, ill. Zina Modiano.