Couverture de La fabuleuse découverte des Îles du Dragon, de Kate Scarborough, illustré par John Kelly (Gründ) : une tête de dragon rose et des croquis d'insectes autour d'une étiquette manuscrite.
© John Kelly / Gründ.
Titre La fabuleuse découverte des Îles du Dragon
Sous-titre avril-juin 1819, à bord de l'Argonaute, journal de bord de Lord Nathaniel Parker
Autrice Kate Scarborough
Illustrations John Kelly
Titre original The Unprecedented Discovery of the Dragon Islands
Édition originale Hamlyn, Londres, 1997
Première édition française Paris : Gründ, coll. « Voyages imaginaires », 1997, dans l'adaptation de Valérie Julia
Genre Album, journal de bord fictif
Âge indicatif dès 10 ans

Thèmes principaux : exploration, sciences naturelles, merveilleux, créatures fabuleuses.

Un journal qui veut être cru.

Le livre feint de publier le journal retrouvé d'un naturaliste anglais fictif, Lord Nathaniel Parker. En 1817, l'Argonaute quitte Portsmouth pour explorer la faune et la flore de l'hémisphère Sud. Deux ans plus tard, des tempêtes poussent le navire vers un archipel inconnu du Pacifique. Parker raconte alors ses découvertes à sa fiancée, Belinda Sedgewick.

L'ouvrage prend soin de donner une histoire à ce manuscrit. L'avant-propos affirme qu'il a reparu aux États-Unis dans les papiers d'un certain Paul O'Brian, après plus de cent cinquante ans d'oubli. La transmission du cahier depuis Belinda est même reconstituée. Le lecteur sait qu'il ouvre une fiction mais tout est organisé pour qu'il puisse jouer à croire au document.

Quand la zoologie rencontre la légende.

Les premiers jours apportent des espèces étranges, encore proches d'animaux ou de plantes connus. Puis viennent un nid gigantesque, des œufs démesurés et d'inexplicables jets de feu. Parker découvre enfin que le grand animal aperçu dans le ciel est un dragon.

Sa réaction donne au livre son ton singulier. Il observe l'animal comme il le ferait d'une espèce inconnue. Un dragon mort lui permet d'examiner la structure allégée de son squelette. Parker suppose ensuite que son corps contient un gaz plus léger que l'air. Il en recueille dans une bouteille et vérifie qu'il s'enflamme. Les dragonneaux sont suivis au fil de leur croissance. D'autres créatures fabuleuses apparaissent à leur tour, parmi lesquelles des griffons, des licornes et un kraken.

Les dessins de John Kelly prolongent ce sérieux imperturbable. Les pages passent de la carte au dessin anatomique, avec des observations disposées autour des images comme dans un véritable dossier de terrain. L'illustration donne ainsi forme aux créatures tout en fournissant les « preuves » de leur existence. Le merveilleux prend l'apparence d'un savoir scientifique.

Un mystère laissé ouvert.

Au fil de l'exploration, Parker découvre aussi des traces d'une présence humaine : des pierres gravées et les ruines d'une tour. Lorsque l'Argonaute reprend la mer, un navire portant les mêmes signes apparaît à l'horizon. Il disparaît au moment où les explorateurs s'en approchent, puis le journal s'interrompt. Le post-scriptum affirme que ses dernières pages ont été arrachées. On y apprend également que l'Argonaute a plus tard sombré au large de la Chine et que Parker, survivant, n'est jamais parvenu à faire reconnaître ses découvertes par la Société royale.

Comment rendre un dragon presque vraisemblable ? En appliquant au merveilleux les gestes ordinaires de l'observation scientifique. C'est cette conviction tranquille, soutenue par la matérialité du faux document, qui fait encore aujourd'hui le charme de l'ouvrage.

Pour aller plus loin.

© Gründ · Kate Scarborough, ill. John Kelly, adaptation française de Valérie Julia.