Couverture de Longue vie aux dodos, de Dick King-Smith, illustré par David Parkins (Gallimard Jeunesse).
© Dick King-Smith, ill. David Parkins / Gallimard Jeunesse.
Titre Longue vie aux dodos
Auteur Dick King-Smith
Illustrations David Parkins
Traduction Lan du Chastel
Titre original Dodos Are Forever (Viking Kestrel, 1989)
Édition originale Viking Kestrel, Londres, 1989
Première édition française Gallimard Jeunesse, 1990, dans la traduction de Lan du Chastel
Genre Roman animalier illustré, récit d'aventures humoristique
Âge indicatif dès 8 ans

Thèmes principaux : extinction, survie, prédation, solidarité, aventure maritime.

Une île trop tranquille.

Nous sommes en 1650, sur une île de l'océan Indien. Bertie vient de demander Béatrice en mariage lorsqu'un navire approche. Les dodos n'ont jamais rencontré d'êtres humains. Devant ces créatures sans plumes, ils tâtonnent et les baptisent « singes de mer ». La curiosité tourne vite au désastre : les marins tuent plusieurs oiseaux pour les manger.

Un typhon engloutit ensuite le navire. Des rats rescapés gagnent l'île et s'y multiplient. Ils découvrent les œufs de dodos, pondus à même le sol. En les dévorant, ils empêchent peu à peu le renouvellement de la colonie.

Le naufrage a pourtant laissé un allié : sir Francis Drake, le perroquet du capitaine. Plus lucide que les dodos, il sauve l'œuf de Bertie et Béatrice et organise sa garde. Quand il constate que presque aucun jeune ne naît plus, il convainc huit dodos de partir : Bertie, Béatrice, Félix, Fatima, leurs deux petits, tante Florence et Hugo. Une pinasse rejetée sur la côte par le typhon leur sert de bateau. Après une fuite de justesse devant les rats et plusieurs jours de dérive, ils atteignent une nouvelle île. Il n'y a pas de rats : leur descendance peut prospérer.

Le lecteur a une longueur d'avance.

Dick King-Smith fait de l'avance donnée au lecteur l'un des ressorts du roman. Quand Béatrice assure que les dodos n'ont pas d'ennemis, la menace est déjà à l'horizon. L'arrivée des hommes pousse le procédé plus loin. Vus par les oiseaux, ces êtres difficiles à classer deviennent eux-mêmes des animaux étranges. L'expression « singes de mer » suffit à déplacer le regard.

Les dessins au trait de David Parkins prolongent ce décalage. Les dodos occupent lourdement l'espace tandis que sir Francis paraît toujours prêt à s'agiter ou à s'envoler. Certaines images resserrent brusquement la menace. Au moment du départ, la pinasse flotte enfin. Derrière elle, sous la lune, une masse de rats attend sur la plage. Les voyageurs regardent vers la mer. Le lecteur, lui, voit ce qui approche dans leur dos.

Faire mentir l'extinction.

Le choix du dodo donne au jeu une portée particulière. L'oiseau de l'île Maurice, disparu à la fin du XVIIᵉ siècle, est devenu un symbole des extinctions provoquées par les activités humaines. Son image traditionnelle de gros volatile maladroit a toutefois été largement nuancée par les recherches récentes. King-Smith travaille ainsi avec un animal déjà passé dans la légende.

Cette efficacité a son revers : le roman accentue la naïveté et la maladresse de ses dodos. Cette caricature ne constitue pas un portrait zoologique. Elle nourrit le comique et rend leur confiance particulièrement vulnérable face aux prédateurs.

L'épilogue accomplit enfin la promesse du titre. En l'an 2000, sur l'île de Drake, un nouveau Bertie propose à une nouvelle Béatrice de se marier. L'ancienne colonie a disparu sous les attaques des rats, tandis que les descendants des fugitifs se sont multipliés. Dick King-Smith ne récrit pas l'histoire naturelle : il lui glisse une issue secrète. L'histoire a fait disparaître les dodos quand la fiction leur aménage un refuge.

Pour aller plus loin.

  • Muséum national d'Histoire naturelle, « Dodo » : pour retrouver l'animal derrière l'image que la postérité en a construite.

© Gallimard Jeunesse · Dick King-Smith, ill. David Parkins, trad. Lan du Chastel.