Thèmes principaux : guerre, amitié, séparation, frontière, enfance, famille, violence, interdit, retrouvailles.
Un passage qui se ferme.
Au commencement, Flon-Flon et Musette passent leurs journées ensemble, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre. Ils imaginent même qu'ils se marieront plus tard. Un soir, le père de Flon-Flon annonce que la guerre va arriver. Le lendemain, il part combattre. L'enfant veut retrouver Musette, mais une « haie d'épines » se dresse désormais à la place du ruisseau. Sa mère lui explique que son amie se trouve « de l'autre côté de la guerre ».
Le texte conserve cette expression enfantine. L'image, elle, montre clairement du fil barbelé : ses boucles noires traversent les petites fleurs rouges qui accompagnent plusieurs pages. Elzbieta a expliqué qu'elle voyait dans cette haie une figure des interdits arbitraires qui séparent les êtres humains. Ce motif très simple donne au récit une portée qui dépasse la situation des deux lapins.
Ce que l'image laisse voir.
Le conflit reste sans repère historique précis. Pour Flon-Flon, la guerre est surtout une puissance incompréhensible : elle arrive, fait un bruit immense, puis se tait. Une illustration la montre sous la forme d'un cavalier rouge lancé dans un paysage ravagé.
À mesure que la guerre s'installe, les fenêtres prennent une place importante dans les images. Elles cadrent un dehors devenu menaçant et maintiennent Flon-Flon près de sa mère, dans l'abri de la maison. Elzbieta a dit avoir voulu transmettre ce sentiment de sécurité, lié à sa propre expérience d'enfant pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le retour du père montre avec une netteté particulière le partage entre texte et image. Le récit indique seulement qu'il « avait l'air fatigué ». L'illustration en dit davantage : il revient amputé d'une jambe, s'aide d'une canne, le bras en écharpe. La blessure est visible, sans commentaire.
Une guerre vraiment finie ?
Lorsque son père annonce que la guerre est finie, Flon-Flon regarde la haie toujours en place. Son père lui explique alors que la guerre ne meurt jamais : elle « s'endort » seulement. L'enfant se demande aussitôt s'il aurait pu la réveiller en jouant avec Musette. Sa mère le rassure : les enfants sont trop petits pour cela.
Puis Musette appelle Flon-Flon. Elle a fait un petit trou dans la haie et traverse le ruisseau. Après leurs retrouvailles, le barbelé réapparaît néanmoins dans les dernières pages. La séparation a laissé sa trace, mais un passage existe de nouveau entre les deux enfants.
Ce parti pris donne à l'album sa justesse et fixe aussi sa limite. Les responsabilités restent hors champ. Elzbieta concentre son récit sur ce que la guerre fait au monde familier d'un enfant, à ses liens et à son sentiment de sécurité.
Pour aller plus loin.
- ELZBIETA. « La haie d'épines », texte paru à la sortie de l'album dans Citrouille n° 4 (1993) et repris par Citrouille Hebdo. L'autrice y explique elle-même la portée qu'elle donne à la séparation des deux enfants.
- ELZBIETA. « Pendant longtemps le thème de la guerre m'a poursuivie… », conférence inaugurale du colloque « Enfants en temps de guerre et littératures de jeunesse » (BnF / CNLJ, 2012). Elzbieta y revient sur son enfance pendant la guerre et sur la genèse de l'album.
© Pastel · L'École des loisirs · Elzbieta.

