Ce florilège part d'une question toute simple, presque provocante : à quoi sert un poème ? Jacques Charpentreau répond sans faire semblant. À rien, ou du moins à rien qui se coche, se vende ou se justifie. Et c'est précisément par là que le livre devient intéressant. La poésie y apparaît comme une chose offerte, comparable aux fleurs que l'on cueille pour quelqu'un, sans autre raison que le plaisir de donner.
L'ouvrage est une anthologie. Charpentreau n'y parle pas en auteur unique, mais en passeur. Il choisit, assemble et présente. Le recueil fait circuler des poètes du patrimoine et des voix plus proches de la littérature jeunesse. Quelques présences suffisent à donner le ton : La Fontaine et Hugo voisinent avec Maurice Carême, Robert Desnos, Claude Roy ou Jacques Prévert. Le livre refuse ainsi de séparer trop brutalement les comptines de l'enfance et les poèmes que l'école a consacrés.
C'est ce que dit déjà l'introduction. Avant les grands textes, il y a les chansons entendues tout petit, les formulettes répétées dans la cour, les ritournelles qui n'ont pas besoin d'être expliquées pour rester en mémoire. Le recueil garde cette continuité. Une mouche maladroite, un chat plein de soleil, un cancre de Prévert, une fable de La Fontaine ou les voyelles de Rimbaud appartiennent au même jardin, même si toutes les fleurs ne se respirent pas de la même façon.
Les différentes parties du livre donnent des repères sans imposer une lecture d'un seul tenant. On peut entrer par l'enfance, l'école, le rêve, la révolte, le temps qui passe ou la beauté de la terre. Les illustrations de Bruno Mallart accompagnent cette promenade avec discrétion. Elles ne paraphrasent pas les poèmes. Elles rappellent plutôt que la poésie tient aussi à la page. Une tache d'encre, une partition, un manuscrit, un visage de poète suffisent parfois à déplacer le regard.
Tout n'est pas également accessible à un jeune lecteur seul. Certains textes demanderont une voix adulte, une brève explication et parfois une relecture. Mais l'intérêt du recueil est ailleurs que dans l'usage scolaire qu'on pourrait en faire. Il invite à piocher, à écouter, à retenir deux vers puis à passer à un autre poème. C'est une porte d'entrée généreuse, pas un parcours obligé. Une anthologie pour rappeler que la poésie se découvre souvent par fragments, par affinités, par surprise.
© Le Livre de Poche Jeunesse · Jacques Charpentreau · Bruno Mallart.