Thèmes principaux : Inuit, Grand Nord, récits des origines, métamorphoses, relations entre humains et animaux, esprits et croyances, chasse et survie, respect du vivant, transmission orale.
Des contes pris dans un voyage.
Dès les premières pages, Jacques Pasquet ne donne pas tout de suite la parole aux contes. Il embarque le lecteur. Le voyage passe par Montréal, puis Kuujjuaq, avant de gagner le Nunavik. Un avion retenu par le mauvais temps suffit à ralentir le trajet. Le froid et la vie des villages prennent ensuite place dans le récit. C'est au fil de ce déplacement que les histoires anciennes surgissent. Le livre avance ainsi sur deux plans qui se répondent : le Grand Nord d'aujourd'hui et celui que racontent les mythes.
Le volume réunit vingt contes. Plusieurs cherchent à dire comment le monde est devenu ce qu'il est. L'alternance du jour et de la nuit naît d'une querelle entre Corbeau et Renard. D'autres récits racontent l'apparition des animaux marins, du brouillard ou des goélands. Les frontières entre les êtres y restent mobiles. Des caribous prennent forme humaine. Une femme devient loup, des chasseurs se changent en ours grâce à leurs amulettes. Dans le récit des origines, humains et animaux parlent d'ailleurs la même langue et peuvent passer d'un état à l'autre.
Des récits où chaque geste compte.
Cette proximité entre les êtres donne au recueil une grande part de sa cohérence. La survie dépend de l'habileté du chasseur, mais aussi des relations qu'il entretient avec les autres vivants. L'orphelin devenu grand chasseur partage les phoques qu'il a tués, considérés dans le récit comme un don accordé aux humains. À l'inverse, des hommes qui font mourir des renardeaux pour s'amuser provoquent une vengeance qui leur sera fatale.
Certaines histoires sont rudes. Dans « La légende de Lumaajuq », un garçon devenu aveugle découvre que sa mère l'a trompé. Aidé par un huard, il retrouve la vue avant de se venger. « La naissance des animaux marins » raconte le sort d'une jeune femme jetée à la mer par son père. Ses phalanges sectionnées donnent naissance au phoque, à la baleine blanche et au morse. Elle devient Sedna, la « fille du fond de la mer ».
D'un récit à l'autre, les gestes ont des conséquences. Il faut savoir chasser et partager les prises. Il faut également respecter les animaux et les règles du groupe. Des forces qui dépassent les humains peuvent toujours rappeler l'ordre des choses. Le recueil fait des contes une manière de comprendre le monde autant qu'une réserve d'aventures.
Des récits transmis et adaptés.
Jacques Pasquet indique que ses adaptations s'appuient sur des récits attachés à des sculptures et sur les recherches de Bernard Saladin d'Anglure. Ces traditions sont rattachées à la Terre de Baffin et au Nunavik. Cette précision éclaire sa place dans le livre : il raconte et réécrit en français des histoires qui lui préexistent.
Les illustrations en noir et blanc de Stéphan Daigle accompagnent ce passage constant d'une forme à l'autre. Le trait stylise fortement animaux et figures humaines. Les visages prennent parfois l'allure de masques. Le péritexte indique que ces images s'inspirent de l'art traditionnel inuit.
Après les contes, le livre revient franchement au présent. Quelques pages présentent le Nunavik contemporain. Elles sont suivies d'une initiation à l'inuttitut et d'un glossaire. Cette fin évite de laisser les Inuit dans le seul monde des iglous, des traîneaux et des légendes. Les récits anciens demeurent au cœur du livre, mais ils sont replacés dans une culture qui continue de vivre et de se transformer.
Pour aller plus loin.
- ARNAQUQ-BARIL, Alethea. « Lumaajuuq ». Office national du film du Canada, 2010. Un court métrage d'animation réalisé par une cinéaste inuk, qui donne une autre version de l'histoire du garçon aveugle et du huard.
- Le site de Jacques Pasquet, où l'auteur revient sur les années passées auprès des Inuit et sur son travail de conteur.
© Flammarion · Jacques Pasquet, ill. Stéphan Daigle.
