Une route plus dangereuse que prévu.
Le père d'Akavak doit rester auprès des siens pour chasser. Il demande à son fils de veiller sur son grand-père pendant le voyage et de décider à sa place si son esprit s'égare. Akavak part avec son grand-père, un traîneau et six chiens.
Le trajet devait suivre la côte. Un ours a cependant dévoré la viande conservée dans leur dernière cache. Plus loin, la glace trop mince du grand fjord leur ferme le passage. Le grand-père choisit alors de traverser les montagnes, malgré l'avertissement du père. Akavak proteste, puis se range à l'avis de celui qui a autrefois parcouru cette route.
Quand le savoir change de mains.
James Houston raconte le froid par ses effets immédiats. Le souffle se change en cristaux dans l'igloo. La sueur gèle sous les vêtements. La faim finit par brouiller la pensée. Dans ce milieu, la survie exige une attention constante à la glace et aux ressources disponibles.
Au début, Akavak observe. Son grand-père sait conduire l'attelage, trouver la bonne neige pour bâtir un abri et reconnaître un passage dangereux. Puis une crevasse engloutit le traîneau et cinq des six chiens. Kojo seul reste avec eux. Le vieil homme s'affaiblit bientôt au point de ne plus pouvoir se lever.
Son savoir demeure pourtant actif. Pendant la tempête, il taille une lame de pierre et transforme une peau de bœuf musqué en manche de lance. Akavak utilise cette arme pour abattre un animal, rapporte de la viande et ranime son grand-père presque mort de froid. Plus tard, il récupère le traîneau avec Kojo, puis fabrique un harnais pour tirer lui-même le vieil homme à travers le plateau.
Le passage à l'âge adulte se joue dans ces gestes. Akavak reprend seul ce qu'on lui a montré tout en protégeant celui qui le lui a transmis.
Le blanc autour des personnages.
Les dessins en noir et blanc de Houston accompagnent cette évolution avec sobriété. Les silhouettes occupent souvent une petite partie de la page. Autour d'elles, le papier laissé blanc devient la neige et agrandit encore la solitude des voyageurs. Quand le danger survient, l'image se rapproche des corps, comme lorsque Akavak s'agrippe au bord de la crevasse.
Les illustrations rendent l'action claire et font sentir la disproportion entre les personnages et l'espace arctique.
Arriver sans triompher.
Akavak atteint enfin le camp de son grand-oncle. En défaisant les liens du traîneau, il découvre que son grand-père est mort. Son frère recouvre doucement son visage, puis chante pour lui. La promesse du voyage est tenue, mais les retrouvailles n'auront pas lieu.
L'accumulation des périls peut paraître appuyée et les descriptions techniques ralentissent parfois la lecture. Elles donnent aussi au roman son âpreté. Le courage d'Akavak tient à une suite de décisions prises dans l'épuisement, avec ce que le vieil homme lui a appris.
Dans les dernières lignes, le garçon rêve qu'il donne la main à son grand-père et s'élève avec lui au-dessus du glacier, jusqu'aux étoiles. Ce dernier rêve maintient le vieil homme auprès de lui, une fois encore.
© Flammarion, Castor Poche · James Houston.



