Thèmes principaux : handicap, amitié, solitude, entraide, différence, rêve, mer, baleine, communication.
Des marches jusqu'à la mer.
Sur un mur du quartier, une baleine peinte accompagne la fillette dans sa descente. Elle rêve de la rejoindre, de nager avec elle, d'apprendre son chant. Dans cette rêverie, le mouvement change de nature. La baleine bondit dans l'eau, la fillette se représente nageant à ses côtés, la raideur des escaliers disparaît un instant.
Plus bas, elle atteint l'endroit où d'autres enfants jouent au ballon. Lorsqu'un ballon roule jusqu'à ses pieds, elle hésite. Une amitié se noue avec un garçon qui vient d'emménager dans le quartier, puis tous deux finissent par rejoindre la plage. L'intrigue tient à peu d'événements. Ils suffisent pour comprendre ce qui se joue : le désir de rejoindre les autres autant que celui d'atteindre la mer.
Ce que l'image fait sentir.
Jung-in Choi transforme les escaliers en véritable motif visuel. Ils traversent comme une longue ligne sombre un village peint à la gouache, en couleurs vives. Dans les scènes marines, le bleu prend toute la place, le corps de l'enfant semble entraîné par l'élan de la baleine. Le rose de ses cheveux tranche longtemps avec ce bleu. Dans la scène finale, les couleurs se rapprochent sous la lumière du couchant.
Cette construction donne au handicap une présence concrète, sans commentaire, en laissant l'image guider la compréhension. Le même espace impose des efforts très différents selon le corps qui le traverse.
Faire entendre son chant.
Le texte de Sang-han Kim avance par touches brèves. L'écriture reste concise, retenue, proche de paroles de chanson, ce qui convient au motif central du livre. Les baleines communiquent en chantant sur de très longues distances, et l'album fait de ce chant l'image du courage qu'il faut pour rendre audible ce que l'on porte en soi.
La rêverie marine prend alors un sens plus précis. Le désir de déplacement devient aussi désir de relation. Le « chant » de la fillette donne une forme à ce mouvement vers l'autre.
Un chemin partagé.
La fin ramène le récit au monde quotidien. L'enfant qui a rejoint la fillette l'accompagne jusqu'au rivage. Son corps reste le même, mais le trajet peut désormais se faire à deux.
L'album choisit ainsi l'échelle intime de la rencontre. La question collective de l'accessibilité reste hors cadre. Sa réussite tient à sa manière de faire passer une expérience corporelle par la composition même des pages. Ce qui demeure en mémoire, ce sont les marches, vues autrement après avoir nagé quelques pages avec une baleine.
Pour aller plus loin.
- « Comment la littérature de jeunesse parle du handicap et de la différence aux enfants », The Conversation. Une présentation accessible des enjeux liés aux représentations du handicap dans les livres pour la jeunesse.
- Laurence JOSELIN. Personnages de papier. Les représentations franco-italiennes du handicap dans la littérature de jeunesse. Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre, 2020. Une étude consacrée notamment aux personnages handicapés, à leurs relations avec leurs pairs, au passage de la solitude au groupe.
© L'Élan vert · Sang-han Kim, ill. Jung-in Choi, trad. Véronique Massenot.

