Couverture de Bjorn le Morphir, de Thomas Lavachery (L'École des loisirs) : sous une neige épaisse, deux silhouettes minuscules devant une maison de bois enfouie, entre des sapins givrés.
© L'École des loisirs.
Titre Bjorn le Morphir
Auteur Thomas Lavachery
Première édition française L'École des loisirs, coll. « Médium », 2004
Genre Roman d'aventures et d'initiation, fantasy
Âge indicatif dès 10 ans
Distinction Prix Sorcières 2006, catégorie Romans 9-12 ans

Thèmes principaux : héroïsme, peur, courage, construction de soi, survie, famille, fratrie, amitié et loyauté, monstres et créatures, nature hostile.

Une neige qui assiège les hommes.

Au Fizzland, royaume imaginaire d'inspiration viking, l'hiver 1065 prend la forme d'un siège. Une neige surnaturelle recouvre la vallée et s'acharne contre la maison d'Erik, puissant seigneur, célèbre pour ses exploits guerriers. Son fils Bjorn, âgé de douze ans au début du récit, s'y retrouve enfermé avec sa famille et les serviteurs du domaine. Les semaines passent, les murs cèdent peu à peu, l'espace habitable se réduit. Quand la maison devient intenable, les survivants trouvent refuge dans d'anciennes galeries de trolls. L'aventure change alors de terrain, mais le danger demeure.

Rien, au début, ne désigne Bjorn pour tenir le premier rôle. Il a peur, n'aime guère les armes et vit dans l'ombre de son frère Gunnar, plus fort et plus sûr de lui. Leur père, qui admire les combattants, ne cache pas ce qu'il attend de ses fils. Pourtant Bjorn commence à apprendre l'escrime d'une façon singulière. Chaque nuit, dans ses rêves, il affronte un garçon sans visage. Ces combats imaginaires modifient bientôt ses gestes bien réels. Lorsque la neige envoie contre la famille un guerrier de glace, Bjorn parvient à l'abattre avec l'aide de Gunnar et du demi-troll Dizir.

Un mot pour celui qui change.

C'est après cet exploit qu'un mot commence à circuler : « morphir ». Dans le Fizzland, il désigne quelqu'un que l'on a longtemps cru faible ou craintif et qui, selon le mot du roman, se « lève » à la faveur d'une épreuve pour devenir un héros. Bjorn accueille cette réputation avec autant de fierté que de méfiance. Sa victoire contre le guerrier de glace n'aurait pas été possible sans les autres. Les épreuves suivantes l'obligent pourtant à agir pour protéger les siens et à mesurer ce dont il est capable.

C'est là que le personnage prend véritablement de l'épaisseur. En réalité, le courage de Bjorn se construit avec sa peur. Le regard de son entourage change d'ailleurs plus vite que celui qu'il porte sur lui-même.

Bjorn raconte Bjorn.

Cette évolution nous parvient par la voix de Bjorn lui-même. Il raconte les événements des années après et revient volontiers sur ce qu'il pensait alors. Il s'adresse aussi à un hypothétique « lecteur étranger » pour lui expliquer une coutume ou une particularité du Fizzland. Cette distance donne au récit une bonne part de son humour. Les mémoires interminables d'Erik ou les descriptions très sérieuses de créatures invraisemblables prennent un relief comique parce que le narrateur les présente comme des réalités parfaitement ordinaires.

Cet univers doit beaucoup au monde scandinave médiéval, sans chercher à le reproduire. Thomas Lavachery s'est documenté sur les Vikings et a beaucoup lu les sagas islandaises, tout en prenant de grandes libertés avec l'Histoire. Les détails de la vie quotidienne suffisent à donner de la consistance aux inventions fantastiques.

Le récit aime les détours. Ces échappées donnent au Fizzland une profondeur qui dépasse l'aventure immédiate. La réussite de Bjorn le Morphir tient à la rencontre entre ce monde foisonnant et une voix rétrospective souvent drôle. L'héroïsme qui s'y dessine reste toujours lié au souvenir du garçon peureux que Bjorn a été.

Pour aller plus loin.

© L'École des loisirs · Thomas Lavachery.