Thèmes principaux : aventure et quête, héroïsme, récit de formation, courage et peur, ruse et intelligence, choix moral et loyauté, merveilleux et fantasy, monstres et créatures, trésor et convoitise, cartes et mondes imaginaires.
Un cambrioleur malgré lui.
Bilbo Baggins mène une vie réglée dans son confortable trou de hobbit. Les aventures l'intéressent peu, surtout si elles risquent de déranger l'heure des repas. Tout change lorsque le sorcier Gandalf organise chez lui une réunion avec treize nains conduits par Thorïn Oakenshield. Leur but : reprendre la Montagne Solitaire, dont le dragon Smaug a chassé le peuple de Thorïn et accaparé le trésor. Gandalf a déjà décidé que le paisible Bilbo serait leur « cambrioleur ». C'est un choix assez étrange. Tout le roman va montrer pourquoi il était pourtant le bon.
Le voyage entraîne Bilbo loin de tout ce qu'il connaît. Sous les Monts Brumeux, séparé de ses compagnons, il rencontre Gollum et joue sa liberté dans un concours d'énigmes. Il y ramasse par hasard un anneau qui rend invisible. Plus tard, dans la forêt de Mirkwood, il délivre les nains pris au piège par des araignées géantes. Celui que ses compagnons jugeaient d'abord encombrant devient peu à peu celui dont ils attendent les idées.
Décider seul.
Bilbo change surtout lorsqu'il doit décider seul. Face à Gollum, l'anneau lui donne l'avantage et il pourrait le tuer pour passer. Mais il voit devant lui une créature désarmée et misérable. Il choisit de l'épargner et saute au-dessus d'elle.
Bien plus tard, après la mort de Smaug, une autre décision révèle le chemin parcouru. Thorïn, retranché dans la Montagne, rejette les revendications de Barde et des Hommes du Lac. Barde est l'archer qui a tué Smaug. Il défend aussi les habitants de Lacville, dont la cité a été détruite par le dragon. Bilbo lui remet secrètement l'Arkenstone, le joyau auquel Thorïn tient plus que tout, pour qu'elle pèse dans les négociations. Il sait que son geste sera vécu comme une trahison.
Le courage de Bilbo prend ainsi une forme très personnelle. Il apprend à regarder une situation, à choisir et à répondre de son choix. Ce qui est plaisant, c'est qu'il reste pourtant profondément attaché à sa maison et à son confort. L'aventure ne fabrique pas un autre Bilbo : elle lui révèle des ressources qu'il ignorait.
Une histoire racontée de vive voix.
La façon de raconter compte beaucoup dans le plaisir de lecture. Tolkien s'adresse souvent directement au lecteur, comme s'il racontait l'histoire à haute voix. Le récit ménage des pauses pour les chansons. Les énigmes peuvent, elles, devenir une question de survie. Dans l'édition illustrée par l'auteur, les cartes participent elles aussi à l'histoire. Celle de Thror, placée au début du volume, est la même que les personnages examinent et déchiffrent pour découvrir l'entrée secrète de la Montagne.
Le début, volontiers comique, s'assombrit ensuite. Le trésor devient une source de conflit et la guerre finit par atteindre la Montagne. Le roman avance aussi par épisodes et accepte les détours : chansons, interventions du narrateur ou longues étapes du voyage ralentissent parfois l'action. Ce rythme peut surprendre aujourd'hui. Il contribue pourtant à cette impression particulière d'une histoire immense racontée de vive voix.
Un héroïsme à sa taille.
Bilbo ne terrasse pas Smaug et ne devient jamais un grand guerrier. C'est précisément ce qui rend son héroïsme intéressant. À la fin du voyage, il connaît mieux ses capacités, mais il sait surtout décider de ce qu'il juge juste. Le petit hobbit qui craignait avant tout que l'aventure ne le mette en retard pour le dîner a appris à se fier à son propre jugement.
Pour aller plus loin.
- John D. RATELIFF. « Le Hobbit », The Tolkien Estate. La genèse du roman, de la phrase griffonnée sur une copie d'examen en 1930 jusqu'à la publication de 1937. Version française disponible sur le site officiel.
- Christina SCULL et Wayne G. HAMMOND. « Tolkien, l'artiste », The Tolkien Estate. Un panorama de son travail graphique, des cartes aux lettrages, avec la place qu'y tiennent les illustrations du roman.
© Le Livre de Poche · J. R. R. Tolkien, trad. Francis Ledoux.



