Couverture d'Aya de Yopougon, tome 1, de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie (Gallimard) : une jeune femme aux grandes boucles d'oreilles marche dans une rue d'Abidjan animée, sous un ciel clair.
© Clément Oubrerie / Gallimard.
Titre Aya de Yopougon, tome 1
Scénario Marguerite Abouet
Dessin et couleurs Clément Oubrerie
Préface Anna Gavalda
Première édition française Gallimard Jeunesse, coll. « Bayou », 2005
Genre Bande dessinée
Âge indicatif dès 13 ans
Distinction Prix du premier album, festival d'Angoulême 2006

Thèmes principaux : adolescence, amitié, famille, études et avenir, relations amoureuses, grossesse et maternité, mariage, autonomie féminine, vie urbaine.

1978, et la vie ordinaire.

Une publicité pour la bière Solibra passe à la télévision. Nous sommes en Côte d'Ivoire en 1978. Dans le salon familial, tout le monde s'est réuni devant le poste. Aya de Yopougon commence là, au milieu des conversations et de la vie ordinaire.

Aya a dix-neuf ans. Elle habite Yopougon, quartier populaire d'Abidjan surnommé « Yop City », et veut devenir médecin. Ses amies Bintou et Adjoua préfèrent les sorties et les rencontres. L'histoire prend un tour plus grave lorsqu'Adjoua découvre qu'elle est enceinte. Moussa, fils de l'employeur du père d'Aya, passe pour le père de l'enfant. Les familles s'en mêlent, un mariage est organisé. Huit mois plus tard, la naissance du bébé remet cette certitude en question.

1978 n'est pas une date posée au hasard. Marguerite Abouet a choisi la Côte d'Ivoire du « miracle ivoirien », celle dont elle garde le souvenir, afin de raconter une Afrique quotidienne largement absente des représentations occidentales de son enfance.

Une héroïne au milieu des autres.

Curieusement, Aya n'occupe pas toujours le devant de la scène. Le titre porte son prénom, pourtant le récit s'attarde volontiers sur Adjoua, Bintou, Moussa ou Hervé. Aya demeure là, attentive, très attachée à ses études et à son projet de devenir médecin. Elle écoute et intervient quand ses amies la sollicitent. Cette relative discrétion finit par définir sa place : elle sert de point d'équilibre à une histoire qui appartient à tout un groupe.

La construction a quelque chose du feuilleton. Les histoires amoureuses se croisent. Un secret familial rejaillit ailleurs, tandis qu'un personnage d'abord secondaire peut soudain occuper le premier plan. Cette circulation donne au livre son entrain et explique que le quartier de Yopougon prenne peu à peu autant d'importance que son héroïne.

Clément Oubrerie accompagne ce mouvement par un découpage souvent régulier, fréquemment construit sur six cases. Ce cadre donne de la place aux échanges. Puis une grande image vient brusquement élargir le champ : un maquis au bord de l'eau, le marché nocturne, une rue ou une vue d'Abidjan. Après l'agitation des conversations, le lecteur retrouve le quartier.

Faire vivre Yopougon.

C'est sans doute la réussite la plus évidente de ce premier tome. Yopougon existe parce que des personnages y mènent leur vie, avec leurs ambitions et leurs arrangements. Quelques mots ivoiriens passent naturellement dans les dialogues. Le « Bonus ivoirien » placé après le récit les prolonge par un lexique, puis quelques pages consacrées au vêtement et à la cuisine.

Il faut un peu de temps pour se repérer parmi les nombreux personnages. Cette abondance devient pourtant l'un des plaisirs du livre : on finit par reconnaître les familles et les lieux, comme si le quartier devenait familier. Aya de Yopougon trouve ainsi une forme très juste pour raconter un espace collectif sans dissoudre ceux qui l'habitent. Aya lui donne son regard et son nom, tandis que Yopougon lui offre son monde.

Pour aller plus loin.

© Gallimard · Marguerite Abouet, dessin Clément Oubrerie.