Thèmes principaux : adolescence, amitié, famille, études et avenir, relations amoureuses, grossesse et maternité, mariage, autonomie féminine, vie urbaine.
1978, et la vie ordinaire.
Une publicité pour la bière Solibra passe à la télévision. Nous sommes en Côte d'Ivoire en 1978. Dans le salon familial, tout le monde s'est réuni devant le poste. Aya de Yopougon commence là, au milieu des conversations et de la vie ordinaire.
Aya a dix-neuf ans. Elle habite Yopougon, quartier populaire d'Abidjan surnommé « Yop City », et veut devenir médecin. Ses amies Bintou et Adjoua préfèrent les sorties et les rencontres. L'histoire prend un tour plus grave lorsqu'Adjoua découvre qu'elle est enceinte. Moussa, fils de l'employeur du père d'Aya, passe pour le père de l'enfant. Les familles s'en mêlent, un mariage est organisé. Huit mois plus tard, la naissance du bébé remet cette certitude en question.
1978 n'est pas une date posée au hasard. Marguerite Abouet a choisi la Côte d'Ivoire du « miracle ivoirien », celle dont elle garde le souvenir, afin de raconter une Afrique quotidienne largement absente des représentations occidentales de son enfance.
Une héroïne au milieu des autres.
Curieusement, Aya n'occupe pas toujours le devant de la scène. Le titre porte son prénom, pourtant le récit s'attarde volontiers sur Adjoua, Bintou, Moussa ou Hervé. Aya demeure là, attentive, très attachée à ses études et à son projet de devenir médecin. Elle écoute et intervient quand ses amies la sollicitent. Cette relative discrétion finit par définir sa place : elle sert de point d'équilibre à une histoire qui appartient à tout un groupe.
La construction a quelque chose du feuilleton. Les histoires amoureuses se croisent. Un secret familial rejaillit ailleurs, tandis qu'un personnage d'abord secondaire peut soudain occuper le premier plan. Cette circulation donne au livre son entrain et explique que le quartier de Yopougon prenne peu à peu autant d'importance que son héroïne.
Clément Oubrerie accompagne ce mouvement par un découpage souvent régulier, fréquemment construit sur six cases. Ce cadre donne de la place aux échanges. Puis une grande image vient brusquement élargir le champ : un maquis au bord de l'eau, le marché nocturne, une rue ou une vue d'Abidjan. Après l'agitation des conversations, le lecteur retrouve le quartier.
Faire vivre Yopougon.
C'est sans doute la réussite la plus évidente de ce premier tome. Yopougon existe parce que des personnages y mènent leur vie, avec leurs ambitions et leurs arrangements. Quelques mots ivoiriens passent naturellement dans les dialogues. Le « Bonus ivoirien » placé après le récit les prolonge par un lexique, puis quelques pages consacrées au vêtement et à la cuisine.
Il faut un peu de temps pour se repérer parmi les nombreux personnages. Cette abondance devient pourtant l'un des plaisirs du livre : on finit par reconnaître les familles et les lieux, comme si le quartier devenait familier. Aya de Yopougon trouve ainsi une forme très juste pour raconter un espace collectif sans dissoudre ceux qui l'habitent. Aya lui donne son regard et son nom, tandis que Yopougon lui offre son monde.
Pour aller plus loin.
- BEAU, Nathalie. « Aya de Yopougon rencontre Marguerite Abouet », Takam Tikou, BnF, 2011. Un entretien sur la naissance d'Aya, le choix des années 1970 et la part des souvenirs dans l'écriture.
- D'ALMEIDA, Xavier. « Marguerite Abouet & Clément Oubrerie : visions d'Afrique », du9. Un entretien contemporain de la parution du premier tome, sur Yopougon, les dialogues et la fabrication de la bande dessinée.
- MAKSA, Gyula. « Aya de Yopougon et « l'émergence » de la bande dessinée d'Afrique francophone », Synergies Espagne, n° 13, 2020, p. 145-155. En accès libre. Sur la construction feuilletonnante de la série et son travail sur les représentations de l'Afrique.
© Gallimard · Marguerite Abouet, dessin Clément Oubrerie.

