1953, à hauteur d'enfant.
Alain vit dans une petite ville française, huit ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sa famille ne possède encore ni voiture ni télévision. Le téléphone et le réfrigérateur, comme la salle de bains, restent à venir. Les choses vont pourtant changer : ses parents achèteront leur première voiture et déménageront dans un nouvel appartement.
L'intrigue reste légère. L'album avance par scènes de vie : les journées d'Alain passent de la classe aux jeux dans la rue, puis aux moments partagés en famille. Le cinéma tient aussi une place particulière dans ses souvenirs. À l'approche de Noël, son instituteur dessine au tableau un Père Noël qui impressionne profondément le garçon. Le livre rattache ce souvenir à la passion du dessin.
Alain est un personnage inventé, mais son enfance vient largement de celle d'Yvan Pommaux. L'auteur a lui-même décrit Avant la télé comme « pratiquement une autobiographie », transposée sur un personnage fictif. Né en 1946, il transforme ici sa mémoire d'enfant en matière documentaire.
Le quotidien comme document.
Avant la télé paraît dans la collection Archimède de L'École des loisirs. Yvan Pommaux y privilégie le récit à l'exposé historique. Il raconte en images et fait parler ses personnages. Les séquences proches de la bande dessinée donnent du mouvement à ce qui pourrait devenir un simple inventaire.
Les détails matériels comptent beaucoup. Une blouse d'écolier ou un porte-plume appartiennent d'abord au décor familier d'Alain. Pour le lecteur d'aujourd'hui, ils deviennent les traces d'une manière de vivre. L'époque prend ainsi corps sans quitter le point de vue de l'enfance.
La forme de l'album prolonge ce choix. Yvan Pommaux est aussi auteur de bande dessinée et son goût du cinéma se reconnaît dans ses cadrages et dans certaines références glissées dans les images. Le souvenir retrouve ainsi un rythme et un regard.
C'était mieux avant ?
La nostalgie existe, mais elle reste tenue. En 1953, le confort domestique est encore restreint, tandis que de nouveaux équipements commencent à modifier la vie familiale. La comparaison demeure ouverte. Yvan Pommaux montre ce qui change et laisse au lecteur la liberté d'en mesurer la portée.
La fin donne tout son sens au dispositif. Cinquante ans ont passé. Alain est devenu grand-père et regarde les enfants d'aujourd'hui. Le garçon pour qui 1953 était le présent devient, pour eux, un témoin d'autrefois.
C'est la grande réussite d'Avant la télé. Yvan Pommaux rend une époque intelligible à travers un récit plutôt qu'une leçon. Une séance de cinéma ou un porte-plume suffisent à faire comprendre comment une enfance ordinaire peut, avec le temps, devenir de l'Histoire. La mise en couleurs de Nicole Pommaux est un ravissement.
Pour aller plus loin.
Kotwica, Janine. « L'impossible Monsieur Pommaux : la chanson du souvenir ». La Revue des livres pour enfants, n° 229 (accès libre sur le site du CNLJ). Un portrait d'ensemble de l'œuvre d'Yvan Pommaux, où la mémoire tient une place centrale.
© L'École des loisirs · Yvan Pommaux · Nicole Pommaux.

