Couverture de L'Île du Monstril, d'Yvan Pommaux (L'École des loisirs).
© L'École des loisirs.
Titre L'Île du Monstril
Texte et illustrations Yvan Pommaux
Mise en couleurs Nicole Pommaux
Première édition française L'École des loisirs, 2000
Genre album narratif, récit d'aventures, robinsonnade
Âge indicatif à partir de 6 ans
Thèmes enfance, débrouillardise, coopération, survie, préjugés sur les enfants

Un pari qui tourne mal.

Poil-gris, ragondin grincheux, observe Léon et Elvire avec son ami Poil-roux. Après avoir provoqué leur départ, les deux animaux les suivent à la nage pour réparer sa faute. La barque franchit les violents remous d'un pont, puis atteint l'île du Monstril.

Trempés, les enfants cherchent à faire du feu, construisent un abri et préparent leur repas. Les ragondins leur font remarquer une encyclopédie ouverte à la bonne page, puis leur font parvenir un hameçon. Douce, la peluche d'Elvire, sert d'intermédiaire : à l'insu des enfants, elle parle aux ragondins et dirige leur attention vers ces trouvailles. Pendant la nuit, le monstril rôde près de l'abri, mais la pluie brouille son odorat. Douce avertit Elvire dans son sommeil. Au matin, Léon et elle fabriquent un gouvernail et remettent la barque à l'eau. La créature saisit Elvire, mais la manœuvre de Léon lui permet d'échapper à sa prise. Ils rejoignent la rive où leurs familles et les secours les attendent.

Le lecteur a toujours un temps d'avance.

L'album distingue nettement les scènes vécues par les enfants des échanges entre les ragondins. Léon et Elvire occupent de grandes images colorées, souvent découpées en vignettes, où ils parlent dans des bulles. Poil-gris et Poil-roux apparaissent le plus souvent dans de petits dessins sobres, entourés de blanc.

Cette mise en page donne au lecteur une avance constante. Il connaît l'origine du livre et de l'hameçon. Il aperçoit aussi le monstril avant les enfants. Douce assure le passage entre les deux plans. Objet familier dans les bras d'Elvire, elle devient l'interlocutrice des ragondins et peut parler à l'enfant en rêve. Le suspense repose en grande partie sur ce décalage.

Une île aux portes de la ville.

Cette robinsonnade reste proche du monde quotidien. Des immeubles apparaissent derrière les arbres au début de l'album. À la fin, des maisons et les véhicules de secours sont visibles depuis le fleuve. L'île paraît pourtant coupée de tout dès que la barque a franchi le courant.

L'eau y dépose des planches, des cordes, du tissu et même un livre. Ces objets deviennent des matériaux de fortune. Yvan Pommaux fait ainsi surgir l'aventure dans une lisière urbaine : nul besoin d'un océan lointain pour éprouver l'isolement.

Une morale un peu soulignée.

La dernière page formule clairement la leçon du récit. Poil-gris reconnaît qu'il avait tort de juger les enfants incapables. Cette conclusion appuie une démonstration que l'aventure avait déjà rendue évidente.

L'album reste convaincant parce qu'il montre la débrouillardise en action. Elvire repère dans l'encyclopédie la méthode pour allumer le feu et tue le poisson. Léon pêche, le fait cuire, puis imagine le gouvernail du retour. Tous deux savent employer les aides reçues sans même le savoir. C'est la réussite la plus fine du livre : les ragondins veillent à distance, tandis que les enfants accomplissent eux-mêmes les gestes qui les sauvent.

© L'École des loisirs · Yvan Pommaux.