Thèmes principaux : survie, faim, rapport au vivant, valeur de l'or.
Avancer, coûte que coûte.
Deux hommes épuisés traversent le Nord canadien. L'un se foule la cheville en franchissant un cours d'eau. Bill, son compagnon, poursuit sa route sans se retourner. Le blessé compte encore rejoindre une cache où se trouvent des vivres et des munitions, mais il s'égare. L'action commence vers la fin juillet ou le début août, l'été arctique n'empêchant bientôt ni la pluie froide ni la neige.
La faim prend toute la place. L'homme cherche des baies, poursuit du gibier et fouille les mares pour quelques poissons minuscules. Ses chaussures se défont, ses pieds saignent. Quand marcher devient impossible, il rampe. Il finit par reconnaître au loin l'océan Arctique et un baleinier. Entre-temps, un loup malade s'est mis à le suivre, attendant qu'il meure avant lui.
La valeur des choses.
London raconte cette survie au plus près du corps. L'homme compte ses soixante-sept allumettes avec une inquiétude obsessionnelle, bande sa cheville et calcule ce que chaque effort lui coûte. Le sac d'or rend particulièrement visible le renversement des valeurs. Il s'y accroche longtemps, en abandonne une moitié, puis jette le reste. Un peu de nourriture vaut désormais davantage que ce qu'il transportait comme une richesse.
La découverte des restes de Bill introduit une autre limite. L'homme trouve des os entourés de traces de loups et, tout près, le sac d'or de son ancien compagnon. Tout indique ce qui est arrivé à Bill. Pourtant, le survivant refuse de prendre son or ou de sucer ses os, alors qu'il a auparavant broyé des os de caribou pour se nourrir. Au bord de l'anéantissement, quelque chose subsiste encore de son rapport à un autre homme.
Autour de lui, les animaux poursuivent leur propre existence. Le milieu reste indifférent à sa survie. Le dernier mouvement du récit rapproche pourtant l'homme et le loup de manière saisissante. Tous deux sont malades et à bout de forces. L'un rampe, l'autre boite. Chacun attend que l'autre cède.
Survivre, puis revenir parmi les hommes.
L'homme finit par venir à bout du loup. Après ce combat, il reprend sa progression vers le navire. Des membres d'une expédition scientifique embarqués sur le Bedford le repèrent depuis le bateau et viennent le recueillir sur le rivage. Trois semaines plus tard, il peut raconter ce qui lui est arrivé.
L'épreuve continue pourtant de l'habiter. À table, il surveille anxieusement la nourriture des autres. Il mendie ensuite des biscuits aux marins et les dissimule dans sa couchette, jusque dans son matelas. Cette peur de manquer finit par s'apaiser avant l'arrivée à San Francisco.
L'Amour de la vie est une nouvelle forte et parfois éprouvante. Les jeunes oiseaux avalés vivants ou le long affrontement avec le loup peuvent heurter. Cette rudesse donne pourtant sa cohérence au récit : la survie y perd tout vernis héroïque. Le titre prend alors un sens très concret. L'amour de la vie devient cette poussée élémentaire qui demeure lorsque les projets et même la conscience vacillent. C'est là que London frappe juste.
Pour aller plus loin.
- BENETTI, Pierre et PRADELLE, Hugo. « Traces de Jack London ». En attendant Nadeau, 22 novembre 2016. Un ensemble de regards d'écrivains publié à l'occasion de l'entrée de London dans la Pléiade, utile pour le redécouvrir au-delà de son image d'auteur d'aventures pour la jeunesse.
- MAUBERRET, Noël et VIOTTE, Michel. « Le style de Jack London est un étonnant mélange de Maupassant et Rimbaud ». France Culture, 11 décembre 2016, 34 min. Un entretien sur l'écriture de London, son naturalisme et les difficultés particulières que pose sa traduction.
© Gallimard Jeunesse · Jack London, trad. Paul Wenz, ill. Bernard Héron.




