Mari, née esclave.
Mari approche de ses quinze ans. Née sur le domaine de Ker Samba, en Kassamansa, elle sert la famille de Sare Samba. Parce qu'elle s'occupe de la petite Lisha, elle échappe aux travaux les plus durs des plantations. Son avenir n'en appartient pas moins aux Maîtres.
Les Cornes d'Ivoire descendent de populations du Septentrion ravagées autrefois par la Peste. Leurs langues et une grande partie de leur histoire se sont perdues. Lorsque Ani, la mère de Mari, meurt après avoir été blessée par un phacochère, elle lui confie un vieux médaillon venu du Nord. Mari ignore presque tout de ce qu'il représente, mais sait qu'elle devra un jour le rapporter au pays de ses ancêtres.
Compromise dans un trafic d'armes organisé par Gakere, l'un des fils Samba, Mari est emprisonnée. Sare décide ensuite de la vendre. Elle s'évade et gagne Ziguinchor, mais sa fuite s'achève au marché aux esclaves. Le capitaine Bakar Diaker l'y achète. Peu après, il lui retire son bracelet de métal et la fait entrer dans son équipage comme « marin libre ».
Tout reconnaître sans pouvoir le nommer.
Le livre joue avec ce que le lecteur sait et ce que Mari a oublié. Son père chante de vieilles chansons françaises dont les esclaves ne comprennent plus les paroles. Aux funérailles d'Ani, il entonne un Ave Maria. Mari découvre aussi que ses ancêtres écrivaient, alors que ces langues écrites lui sont devenues indéchiffrables.
Le même décalage accompagne les techniques. Photographie, électricité ou train à vapeur apparaissent sous son regard étonné. L'ensemble évoque un XIXe siècle recomposé : ce qui nous est familier redevient mystérieux.
L'asservissement a donc aussi interrompu la transmission. Quelques chants, une croix, un médaillon et des livres indéchiffrables subsistent comme les fragments d'une histoire dont Mari cherche le sens.
Quand le préjugé change de cible.
Lorris Murail déplace les mécanismes de la société esclavagiste. Les Blancs sont vendus comme des biens et battus, l'accès à l'instruction leur est refusé. On les traite de « Faces de Craie » ou de « babouins ». Une statue intitulée L'Esclave blanc leur prête même des traits simiesques. Le renversement est parfois appuyé et certaines scènes sont dures, mais il montre comment une société fabrique une prétendue infériorité.
Tous les personnages noirs n'adhèrent d'ailleurs pas à cet ordre. Yumna rejette l'esclavage et Birayma Penda refuse d'en posséder.
Dans l'épilogue, Mari regarde enfin le voilier qui doit partir vers le Septentrion. Le voyage annoncé dès le prologue va commencer. Rejoindre le Nord, ce sera chercher une terre mais aussi les mots et la mémoire dont plusieurs générations d'esclavage ont brouillé les traces.
Pour aller plus loin.
- Connan-Pintado, Christiane. « Le récit d'esclavage à l'épreuve de la reconfiguration uchronique : Les Cornes d'Ivoire de Lorris Murail ». Cultural Express, 2022. Une étude universitaire de la trilogie.
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