Couverture d'Un raccourci dans le temps, de Madeleine L'Engle (Hachette Romans) : une silhouette d'enfant flotte devant une planète, sur fond noir constellé.
© Hachette Romans.
Titre Un raccourci dans le temps
Autrice Madeleine L'Engle
Titre original A Wrinkle in Time
Édition originale Farrar, Straus and Giroux, New York, 1962
Première édition française Paris : Pocket Jeunesse, coll. « Pocket Junior », 1998, dans la traduction d'Anne Crichton
Édition en couverture Paris : Hachette Romans, 2017, dans la traduction d'Anne Crichton
Genre Roman d'aventure mêlant science-fiction et merveilleux
Âge indicatif dès 10 ans

Thèmes principaux : différence, conformisme, liberté, famille, science.

Une fille qui ne va pas au bon rythme.

L'arrivée de Mrs. Quiproquo, Mrs. Qui et Mrs. Quidam fait brusquement changer le récit d'échelle. Avec Charles Wallace et Calvin O'Keefe, un garçon de son école, Meg part à la recherche de son père. Le voyage s'effectue par « compraction », un raccourci à travers l'espace et le temps. Le roman prend soin de rendre cette invention accessible : une jupe que l'on replie rapproche deux points éloignés, quelques schémas font ensuite passer de la ligne au carré, puis au cube. La science fournit ainsi au récit son moyen de transport autant qu'une part de son imaginaire.

Un monde réglé au millimètre.

Le trajet conduit les enfants sur Camazotz. La ville ressemble d'abord à une banlieue ordinaire, mais quelque chose cloche. Devant les maisons, les enfants font rebondir leurs ballons exactement au même instant. Les portes s'ouvrent ensemble. Un garçon incapable de suivre le rythme est traité comme une « Aberration ». En quelques scènes très concrètes, Madeleine L'Engle transforme l'ordre parfait en spectacle inquiétant.

Camazotz est soumis à ÇA, un immense cerveau qui règle les pensées et les comportements. Le conformisme prend alors une forme presque physique. Meg comprend peu à peu que l'égalité n'exige pas que tous soient identiques. Cette découverte touche directement à ce qui la tourmentait depuis le début, elle qui avait pris sa différence pour une défaillance.

Les défauts de Meg changent de sens.

Avant d'entrer dans la ville, Mrs. Quiproquo lui avait fait un cadeau déroutant en lui donnant ses « défauts ». Le mot prend tout son sens dans l'affrontement avec ÇA. Ce qui rend Meg difficile à discipliner l'aide maintenant à résister.

Retrouver son père ne remet pourtant pas toutes les choses en ordre. Mr. Murry est bien prisonnier sur Camazotz, mais il n'est pas le sauveur tout-puissant que Meg espérait. Plus grave, Charles Wallace tombe sous le contrôle de ÇA. Après avoir quitté la planète avec son père et Calvin, Meg comprend qu'elle doit y retourner seule pour délivrer son frère. Face au cerveau qui veut absorber toute volonté individuelle, elle découvre enfin ce qui lui échappe : l'amour qu'elle porte à son frère.

Le roman se fait parfois plus appuyé lorsqu'il explique lui-même le combat entre lumière et ténèbres ou lorsqu'il nomme directement l'amour comme réponse au mal. Il est plus fort lorsqu'il laisse ses scènes parler. Les ballons parfaitement synchronisés de Camazotz et le rythme que ÇA impose jusque dans les corps donnent une présence saisissante à ses idées. Le fil du roman se referme alors avec justesse : l'enfant que l'école voudrait mieux adaptée découvre que son écart à la norme est aussi ce qui lui permet de préserver sa liberté et de sauver son frère.

© Hachette Romans · Madeleine L'Engle, trad. Anne Crichton.