Couverture de Kurt et le poisson, d'Erlend Loe, illustré par Kim Hiorthøy (La Joie de Lire).
© Erlend Loe · Kim Hiorthøy / La Joie de Lire.
Titre Kurt et le poisson
Auteur Erlend Loe
Illustrateur Kim Hiorthøy
Traduction Jean-Baptiste Coursaud (du norvégien)
Édition originale Fisken, Cappelen, Oslo, 1994
Première édition française La Joie de Lire, 2006, dans la traduction de Jean-Baptiste Coursaud
Genre Roman illustré, humour absurde
Distinction Prix Tam-Tam 2006
Âge indicatif à partir de 7 ans

Thèmes principaux : humour absurde, famille, voyage, imagination, liberté, débrouille.

Un poisson sur le quai.

Kurt mène une vie bien réglée. Chaque matin, il quitte sa maison pour conduire son Fenwick jaune sur le port. Il aime ce chariot élévateur et le travail ne manque pas. Les navires arrivent et les caisses s'empilent. Gunnar, son chef, surveille les papiers. Un soir, après des heures supplémentaires, Kurt aperçoit au bout du quai un énorme poisson noir, impossible à prendre pour une caisse. Gunnar n'en trouve aucune trace dans ses documents. Puisque Kurt aime le poisson, il le lui donne. Kurt le charge sur son Fenwick et rentre chez lui.

Une aventure parfaitement déraisonnable.

À la maison, Anne-Lise, Helena, Petit Kurt et Bud découvrent l'ampleur du cadeau. Le poisson est mort, gratuit et très bon avec des pommes de terre. Il est surtout si grand que Kurt raisonne à sa manière : si la famille a de quoi manger pendant des mois, elle peut arrêter de travailler quelque temps. On prépare les bagages, on prend la tirelire en forme de cochon et toute la famille grimpe sur le Fenwick. La destination importe peu, pourvu que ce soit loin.

Le récit avance alors comme une blague que personne n'a envie d'interrompre. Le poisson nourrit la famille, porte le Fenwick sur l'océan, se partage avec les gens rencontrés, puis rétrécit à mesure qu'on le mange. L'absurde est pris au sérieux. C'est ce sérieux qui fait rire : traverser l'Atlantique sur un poisson devient une solution pratique, presque raisonnable, dès lors que Kurt l'a décidé.

Le monde vu depuis le Fenwick.

Les dessins de Kim Hiorthøy participent beaucoup du plaisir de lecture. Le trait noir, rapide, donne au poisson une taille invraisemblable, installe la famille en équilibre dans le chariot et laisse souvent les personnages comme griffonnés sur la page. Rien n'est réaliste. Tout reste pourtant très lisible.

Le voyage n'est pas seulement une suite de gags. Il déplace chacun. Bud se perd à New York, veut rapporter un pingouin d'Antarctique, apprend que l'eau salée ne se boit pas. Helena, d'abord appelée « la maigrelette », change de corps et de regard sur elle-même. Petit Kurt poursuit sa passion du soda. Kurt se montre tour à tour protecteur, impulsif, puis capable de s'excuser. Anne-Lise garde souvent la tête plus froide que les autres. Dans cette famille, les adultes ne sont pas toujours plus raisonnables que les enfants. C'est même une des trouvailles du livre.

Une farce réjouissante, à lire avec un peu de recul.

Kurt et le poisson est une vraie réussite d'humour absurde. Son écriture simple permet aux événements les plus invraisemblables d'arriver sans fracas. Elle rend le livre accessible, même pour un lecteur qui entre tardivement dans l'histoire.

La force de ce livre : raconter une famille qui part parce qu'un poisson impossible a rendu le quotidien provisoirement inutile. À la fin, il ne reste plus qu'une arête, un souvenir dans le jardin et une phrase de Kurt qui dit tout. Avec un poisson, on peut faire beaucoup plus qu'un dîner.

Pour aller plus loin.

Kjersti Lersbryggen Mørk, « Littérature enfantine norvégienne et attitude anti-autoritaire », dans La Revue des livres pour enfants. Un article qui aide à situer Erlend Loe dans son contexte norvégien et dans une tradition d'humour volontiers anti-autoritaire.

© La Joie de Lire · Erlend Loe · Kim Hiorthøy.