Couverture de Clown, de Quentin Blake (Gallimard Jeunesse).
© Quentin Blake / Gallimard Jeunesse.
Titre Clown
Auteur et illustrateur Quentin Blake
Édition originale Jonathan Cape, Londres, 1995
Première édition française Gallimard Jeunesse, 1995
Distinction Bologna Ragazzi Award, 1996
Genre Album sans texte, récit tout en images
Âge indicatif dès 6 ans

Thèmes principaux : abandon, entraide, pauvreté, jouets, lecture de l'image.

Une mission en baskets.

Clown garde le même but pendant toute sa course : revenir chercher les jouets abandonnés. Lorsqu'il tente de l'expliquer, de petites bulles montrent la poubelle où ses compagnons l'attendent. Ses premières rencontres tournent court. Après plusieurs détours, il se retrouve dans un appartement confortable. Il finit jeté dehors. Un chien se lance alors à sa poursuite. Un homme l'attrape finalement et le projette au loin.

Sa chute s'achève dans un logement beaucoup plus modeste. Une grande sœur y peine à s'occuper de son petit frère, un bébé, pendant l'absence de leur mère. Clown amuse l'enfant, puis montre à la jeune fille ce qui est arrivé aux autres jouets. Elle comprend et accepte de l'aider. Elle lui fait aussi comprendre que leur mère va bientôt rentrer. Clown se joint au rangement et au nettoyage de la pièce. Tous deux repartent ensuite avec le landau, récupèrent les jouets et les rapportent à l'appartement. Quand la mère rentre, tout est en ordre et les jouets ont trouvé place sur le lit.

Quand le dessin se met à mimer.

Ce récit muet tient à l'origine même du personnage. Quentin Blake a raconté que Clown lui avait été inspiré par le mime des Enfants du paradis. Il avait commencé par écrire quelques phrases avant de comprendre que ce personnage devait raconter son histoire par les gestes.

Blake alterne de grandes scènes qui donnent un décor à l'action et de petites figures détachées sur le blanc. Une chute se décompose en plusieurs positions. Ailleurs, deux dessins suffisent : le lecteur reconstitue le mouvement qui manque entre eux. Le livre avance au rythme de ce qu'on devine entre les images.

Le visage et les mains de Clown deviennent son langage. Un doigt tendu suffit à désigner un but. Quand il doit rappeler ce qui le préoccupe, l'image de la poubelle revient dans une bulle. Sans narrateur pour commenter l'action, le lecteur reste attentif aux postures et aux regards.

Celui qu'on accueille.

Le trajet fait aussi apparaître un contraste social très lisible. Clown est rejeté du premier intérieur, confortable. Dans le logement pauvre où il atterrit ensuite, il trouve quelqu'un qui accepte de l'écouter. Blake laisse les décors et les réactions des personnages établir cet écart.

L'entraide donne sa forme au dénouement. Avant même que la grande sœur ne parte avec lui sauver les jouets, Clown amuse le petit et participe à remettre l'appartement en ordre. Chacun répond ainsi au besoin de l'autre.

La psychologie des personnages humains reste très esquissée et le contraste entre les deux foyers est appuyé. Sa force principale tient à la précision de la narration graphique. Lire cet album oblige à relier deux gestes et à comprendre une intention dans une posture. Une partie de l'action se produit dans le blanc de la page. Chez Quentin Blake, le silence bouge.

Pour aller plus loin.

© Gallimard Jeunesse · Quentin Blake.