Thèmes principaux : préhistoire, liberté, rôles de genre, exclusion, courage, apprentissage, solidarité.
Une héroïne qui refuse la place prévue.
Il y a des héroïnes qui sauvent le monde. Chaân, elle, commence par vouloir tenir une fronde, courir dans les herbes hautes et ne plus baisser les yeux. Ce n'est pas moins important. Dans son village, les rôles sont clairement distribués : aux hommes la chasse, les armes et l'espace ouvert ; aux femmes les tâches domestiques, les peaux, les plantes, les repas, l'attente du mariage. Chaân refuse ce destin préparé d'avance. Elle veut chasser.
Le roman s'ouvre sur ce désir d'écart. Chaân fabrique en secret son épieu, s'entraîne, piste le gibier, puis abat un daim. Ce premier exploit ne la consacre pas immédiatement. Il l'expose au contraire. Accusée, mise à l'épreuve devant le village, elle doit prouver qu'elle n'a pas menti. L'Ancien finit par la reconnaître comme « Chaan-la-chasseresse » mais cette reconnaissance ne règle rien : elle déplace seulement le conflit.
Apprendre à chasser, apprendre à observer.
C'est là que le roman devient plus intéressant qu'un simple récit d'émancipation. Chaân ne gagne pas une liberté abstraite. Elle entre véritablement dans un monde de responsabilités, de règles et de regards hostiles. Son apprentissage auprès de Joran, chasseur attentif et bienveillant, ne consiste pas seulement à manier l'arc. Il lui apprend à observer : lire une piste, comprendre le passage d'un animal, attendre, mesurer le danger.
Le roman donne ainsi à l'aventure une vraie épaisseur matérielle : outils, peaux, feu, nourriture, déplacements, rites funéraires, croyances et gestes quotidiens composent un univers concret. Certains passages de reconstitution ralentissent parfois le mouvement du récit mais ils contribuent aussi à faire sentir un monde rude, organisé, traversé de règles et de nécessités vitales.
De la rébellion à la solidarité.
Le cœur du récit est aussi moral. En se liant à Lûn, fille de Joran rejetée pour sa claudication, sa lèvre fendue et les peurs qu'elle suscite, Chaân découvre que l'exclusion ne frappe pas seulement celle qui désobéit. Elle frappe aussi celle que le groupe juge inquiétante parce qu'elle est différente. Sa rébellion devient alors autre chose qu'un désir personnel : elle l'oblige à protéger et à choisir une loyauté contre l'avis collectif.
La force du roman tient à cette tension. Christine Féret-Fleury écrit un récit vif, porté par les épreuves, la chasse, le danger et le départ, mais elle ne transforme pas Chaân en héroïne parfaite. Elle est fière, colérique, parfois brusque. Elle apprend autant par ses erreurs que par ses réussites. C'est ce qui la rend attachante.
Un roman solide pour interroger les héroïnes qui décident mais aussi les communautés qui excluent celles et ceux qui ne rentrent pas dans la forme attendue.
© Flammarion Jeunesse · Christine Féret-Fleury, ill. Daphné Collignon.