François Huot, Le Magasin des enfans, 1801.
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Le conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (1756) ne décrit presque pas la Bête. Ce silence laisse aux illustrateurs une liberté considérable. C'est précisément cette liberté que François Fièvre prend pour objet. Son enquête recense les éditions illustrées, françaises comme anglo-saxonnes, parues entre 1800 et le film de Jean Cocteau (1946), puis observe quel animal chaque époque prête au monstre.
La Belle et la Bête, Hachette, 1870.
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Le résultat dessine une histoire mouvante. Au début du XIXe siècle, surtout en France, la Bête tient du loup ou du diable : gueule menaçante, silhouette agressive, une part de danger à peine voilée. L'Angleterre victorienne lui préfère très tôt l'ours, plus débonnaire, presque attendrissant. Puis le lion s'impose au XXe siècle avec sa charge de noblesse. D'autres solutions circulent en marge : le sanglier élégant et vêtu de Walter Crane (1874), quelques singes, de rares taureaux.
Walter Crane, 1874.
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Cette galerie n'est pas un simple catalogue de fantaisies. La thèse de l'article est que chaque animal porte des connotations culturelles (François Fièvre s'appuie ici sur l'histoire des animaux de Michel Pastoureau) qui orientent la lecture morale du personnage. La Bête oscille entre deux pôles que l'auteur nomme le « galant », respectueux voire soumis à la Belle, face au « sauvage », colérique et dominateur. Représenter un loup, un ours ou un lion, c'est déplacer le curseur entre ces deux figures. La géographie s'en mêle : la tradition française commence par le féroce et le diabolique là où l'Angleterre privilégie d'emblée la civilité.
L'intérêt de l'étude tient à ce qu'elle fait du dernier glissement. En remplaçant l'ours par le lion, le XXe siècle retire à la Bête son innocence un peu enfantine pour lui prêter une noblesse plus inquiétante. Lu avec les travaux récents sur le conte et le consentement (Jennifer Tamas), l'article rappelle qu'une image d'album n'illustre jamais seulement un texte : elle l'interprète et façonne au passage un certain modèle du masculin dont les versions contemporaines (le film de Christophe Gans, 2014) montrent qu'il reste discutable.
Pour qui lit des albums avec des enfants, la leçon est concrète. Devant une édition de La Belle et la Bête, une question simple suffit à ouvrir le regard : quel animal a-t-on choisi pour la Bête et que fait-il dire au conte ?
Les trois illustrations ci-dessus, toutes dans le domaine public, figurent parmi les documents reproduits dans l'article de François Fièvre.
Référence.
- Fièvre, François. « Iconographie de la Bête : enjeux moraux des variations animales du conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont dans le livre illustré, 1800-1946 ». Féeries, n° 22, 2026 (accès ouvert, CC BY-SA).